Blog sur la nature et ses merveilles
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"La vallée qui chante " écrit par Elisabeth Goudge n'est plus édité depuis longtemps. C'est un livre merveilleux qui parle des esprits de la nature.
Je vais vous faire découvrir cette belle histoire..
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Au XVIIIe siècle, dans la ville de Hard, la petite Tabitha Silver a découvert "la vallée qui chante" c'est à deux pas de la ville, un paradis terrestre souterrain, peuplé de créatures fabuleuses, auquel la simplicité de l'enfance peut seule donner accès.
Au début de ce récit féérique et fantastique, la consternation règne dans le petit port de Hard où l'on doit abandonner, faute de crédits, la construction d'un magnifique navire.
Finalement, grâce à l'intercession de Tabitha et de quelques artisans au cœur simple, le peuple de la vallée viendra au secours de la ville et fournira au chantier naval tous les matériaux dont il a besoin.
Un récit merveilleux où chacun retrouvera, le temps d'une lecture, son âme d'enfant.
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Suite de l'histoire
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Le Sagittaire s'inclina et partit avec Antoine du côté de la rivière. Mais Julie n'eut pas le temps de sentir sa solitude : Chérie, suivie de Mignon, trottait déjà vers le pré fleuri dans lequel reposait l'arc-en-ciel.
- Attention, Chérie, attention aux oiseaux ! s'écria Julie; et le poney prit garde de ne pas poser le pied sur les petits être ailés blottis dans l'herbe. Ils n'éprouvèrent aucune crainte et continuèrent d'agiter paisiblement leurs ailes pour faire sécher leurs couleurs toutes fraîches.
- Que vais-je trouver au pied de l'arc en ciel ? se demandait Julie. On prétend que c'est un coffre rempli d'or; mais à quoi bon des coffres plein d'or ? Ce que l'on y trouve en réalité doit être, à mon avis, cela même qu'on souhaite le plus au monde.
Julie avait déjà atteint l'arc-en-ciel et Chérie s'arrêta tête basse, piaffant doucement comme pour rendre hommage au trésor. Julie se laissa glisser par terre au milieu d'une ronde d'oiseaux et s'agenouilla comme au moment de prier. Un coffre plein d'or ? Sottise ! le trésor qui l'attendait était le plus précieux du monde : deux petits enfants endormis.
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C'étaient deux adorables bébés qui paraissaient avoir deux ans, avec une peau satinée, brillante de santé; pelotonnés dans l'herbe, ils étaient la grâce même. Leur chevelure blond cendré bouclait sur leur petite tête et leurs longs cils reposaient sur les joues en fleur; leurs lèvres ressemblaient à des pétales de roses. Les Gémeaux ! le signe des jumeaux ! se dit tout à coup Julie : elle était née sous leur influence, par une belle nuit de juin. Ils lui appartenaient donc... et avec eux tous les enfants qui étaient jamais venus en ce monde... ou qui l'avaient quitté... Ce trésor appartenait aux deux mondes, aux deux versants de la mort... les enfants... mais où donc étaient les autres ? où donc étaient les siens ?
Le cœur de Julie était sur le point de se briser de chagrin, mais les deux enfants du monde, se réveillèrent en éternuant et en riant. Inconsciemment Julie leur prit la main, et tous trois se dirigèrent vers l'arc-en-ciel qu'ils se mirent à gravir comme un escalier.
Chérie et Mignon les suivirent des yeux jusqu'à ce qu'ils eurent disparu, puis, cabriolant d'allégresse, galopèrent de concert vers les bois qui menaient à la prairie des bêtes heureuses.
Puis plus tard, Julie ne put trouver aucune parole adéquate pour décrire ce voyage au long de l'arc-en-ciel. Elle n'avait pas l'impression de monter; il lui semblait plutôt que l'arc-en-ciel glissait et se déroulait pour la mener en plein ciel.
Dans les célestes prairies, les Gémeaux la quittèrent et elle se trouva seule; cependant elle n'éprouvait aucune impression de solitude, car elle avait l'intuition que des milliers d'enfants invisibles se pressaient autour d'elle. Jusqu'où avancerait elle dans ce pays mystérieux ? Pas très loin peut-être, mais aussi loin qu'elle était capable d'aller. Julie s'assit sur la prairie, sa houlette de bergère posée à côté d'elle, et attendit tranquillement.
La première chose qui frappa ses regards fut une volée d'oiseaux qui s'abattait sur le pré comme une rosée; puis elle entendit une multitude de clochettes et s'aperçut que sur chaque oiseaux se tenait une fée.

Si Tabitha avait été là, elle aurait expliqué à Julie que ces petites créatures, au front orné d'une étoile, aux ailes terminées par des clochettes d'argent, étaient des ménestrels, cette partie du petit peuple qui était chargé de veiller sur des créatures ailées; ils amenaient leurs oiseaux pour leur peindre les ailes avec des gouttes d'arc-en-ciel. Absolument fascinée, Julie contemplait la scène pleine d'activité qui se déroulait sous ses yeux.
Chaque fois qu'un oiseau était bien et dûment achevé de peindre, son ménestrel s'envolait pour recommencer le même travail sur un autre; à l'aide de plumes soigneusement choisies, Il prélevait la couleur dont il avait besoin et en ornait délicatement chaque oiseau, selon son espèce. Julie émerveillée, se demanda où elle avait déjà vu des peintres se concentrer sur leur tâche avec tant de joie. Mais au Hard naturellement ! Le Petit peuple au travail ressemblait aux ouvriers du Hard, qui peignaient leurs navires sans se soucier du reste du monde, ne songeant qu'à leurs pinceaux et aux couleurs éclatantes qui naissent sous leurs doigts.
L'ouvrage était achevé. Julie qui se trouvait l'instant d'avant au milieu d'oiseaux anonymes, était maintenant entourée de chardonnerets aux ailes mordorées et aux capuchons écarlates; ils s'envolèrent d'un seul élan en emportant des fées. Déjà un autre cercle les avait remplacés, et en moins de rien Julie fut environnée de mésanges aux ailes teintées de bleu et de vert. Puis ce furent des rouges-gorges et des pinsons, des colibris, et enfin de merveilleux piverts. Leur plumage rouge, vert et doré était si splendide que Julie s'écria tout haut :
-Oh ! Si seulement nous pouvions obtenir un peu de cette peinture pour notre vaisseau ! Si nous pouvions avoir un petit morceau d'arc-en-ciel !
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Aussitôt le Petit peuple la regarda. Sans cesser de peindre, les ménestrels se mirent à chuchoter, tournant vers elle leurs petits visages aux yeux vifs et plein de sagesse.
- Cet arc-en-ciel est inépuisable, reprit Julie. Vous pourriez nous donner de pleins sceaux de peinture sans même vous en apercevoir !
Le Petit peuple se retourna vers les oiseaux, mais Julie savait et continuait à écouter et elle poursuivit bravement :
- Peut-être vous manque-t-il des récipients, mais nous en avons des tas au Hard. Si nous les préparons ce soir, vous pourriez les remplir pendant la nuit.
Il n'y eut pas d'autre réponse qu'un rire léger, mais Julie persévéra :
- Ce serait merveilleux de voir un vaisseau naviguer avec des couleurs mêmes de l'arc-en-ciel; un navire bâti du bois du paradis, ayant les nuées pour voiles, serait le plus beau bâtiment que la mer ait jamais porté.
Soudain les ménestrels se mirent à cabrioler, tandis que toutes les clochettes carillonnaient; Julie eut à peine le temps de se demander si c'était une réponse, car le Petit peuple s'était envolé avec les piverts dûment parachevés; à leur place une ronde de verdiers verdissait de seconde en seconde. Julie ramassa sa houlette et se remit en chemin, ayant soin de ne pas écraser les oiseaux comme, dans son enfance, elle avançait dans un pré rempli de primevères en prenant garde de ne pas écraser les fleurs. Qu'elle eût été étonnée la veille, cette mondaine mélancolique et déçue, si on lui eût prédit qu'elle redeviendrait une petite fille courant dans les prairies du ciel ! jamais plus elle ne se sentirait triste ou amère : si l'envie lui en venant, elle se rappellerait la fillette en train de jouer dans le monde invisible.
Que c'est merveilleux de toucher une étoile ! il y en avait précisément une qui brillait dans l'azur juste au-dessus de sa tête; sans même s'en apercevoir, Julie tomba à genoux en lui tendant les bras et constata avec un cri de surprise qu'elle tenait un enfant dan chacun de ses bras. C'était sa propre étoile qu'elle venait d'implorer, et les célestes Gémeaux nichaient contre son cœur leurs corps tièdes et satinés. La prairie céleste avait disparu; Julie se trouvait dans un monde plus grave et plus beau. ( p 135 ligne 8)
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