Blog sur la nature et ses merveilles
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"La vallée qui chante " écrit par Elisabeth Goudge n'est plus édité depuis longtemps. C'est un livre merveilleux qui parle des esprits de la nature.
Je vais vous faire découvrir cette belle histoire..
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Au XVIIIe siècle, dans la ville de Hard, la petite Tabitha Silver a découvert "la vallée qui chante" c'est à deux pas de la ville, un paradis terrestre souterrain, peuplé de créatures fabuleuses, auquel la simplicité de l'enfance peut seule donner accès.
Au début de ce récit féérique et fantastique, la consternation règne dans le petit port de Hard où l'on doit abandonner, faute de crédits, la construction d'un magnifique navire.
Finalement, grâce à l'intercession de Tabitha et de quelques artisans au cœur simple, le peuple de la vallée viendra au secours de la ville et fournira au chantier naval tous les matériaux dont il a besoin.
Un récit merveilleux où chacun retrouvera, le temps d'une lecture, son âme d'enfant.
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Suite de l'histoire
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- Je ne savais pas qu'il pouvait faire nuit ici, dit la petite fille.
- Bien sûr que si. Ce serait trop triste de ne plus jamais voir les étoiles !
- Je m'en souviens, dit Tabitha : "Il assigne à la lune son cours et le soleil connaît sa carrière..." Que de choses tu sais de ta vallée, André, quoi que tu n'y sois pas venu depuis si longtemps !
Il s'arrêta et la prit aux épaules :
- Y suis-je en ce moment ? s'écria t-il de son air le plus "ogre". N'est-ce qu'un leurre ? Petite fille, tu dois savoir ces choses : en serai-je à nouveau chassé ?
- Moi aussi je quitte ma Vallée, répondit la fillette, mais je puis y revenir. Je vais et je viens.
- Ce Job dont tu parlais, le peut-il aussi ?
- Il est entré, il est sorti et je ne crois pas qu'il ait essayé d'y retourner. Mais il était heureux d'en sortir, car il doit construire notre navire, pour lequel les Anges nous ont donné du bois.
- Notre navire ! s'écria André en pâlissant. Il la saisit aux épaules si brutalement qu'il lui fit mal. Ce navire là ?
- Mais oui, celui que tu as vu. C'est notre navire.
- Le votre pas le mien. Moi je n'en ai pas.
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Tabitha le regarda avec effroi : le beau visage du petit garçon s'était changé en un affreux visage d'homme désespéré
- Assez ! s'écria t-elle d'une voix tremblante, toute rouge de colère et les cheveux épars. En voilà assez ! Personne ne vieillit jamais ici. Calme toi tout de suite et je te raconterai l'histoire de ce navire.
André se laissa faire docilement et Tabitha respira. Oui : il avait tout bonnement d'être mené d'une main ferme, comme l'avait dit l'Ange de la porte.
La petite fille parla du navire, de sa visite avec Job à la Vallée qui chante, d'Ariès et de Léo; elle parla aussi de Mr Peregrine, de Madame, de Mignon et de Chérie et lorsqu'elle se tut. André avait repris son visage d'enfant. Alors, revenant au navire, Tabitha lui expliqua qu'il serait le plus beau navire qu'eût jamais vu, et que son capitaine viendrait de la Vallée qui chante.
- Laquelle ?
- Celle-ci, lui confia Tabitha bien qu'à vrai dire elle n'en sût rien; mais elle en avait l'intuition.
- Le bois ne suffit pas pour bâtir un navire : que fais-tu de tout le reste ? les cordages, par exemple, ou les voiles ?
- Tout cela se trouvera. Quand es-tu né, André ?
- Pas au printemps, comme Job et toi, dit tristement André. Je suis né au solstice d'hiver, dans l'obscurité et le froid.
- Ce n'est pas une raison pour être triste, reprit gaîment la petite fille. Pense à tout ce qui brille dans les ténèbres; les étoiles, l'arbre de Noël, le feu, les bougies, Saint-Nicolas et le Capricorne !
- je déteste le Capricorne. C'est ma mauvaise étoile.
- En voilà une idée ! il n'y a pas de mauvaise étoile. Est-ce la faute du Capricorne si tu as fait des sottises ?
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Tout à coup André se mit à rire
- Par ma foi, tu as raison. "La faute, cher Brutus, n'est pas à nos étoiles mais à nous-mêmes." Regarde Tabitha, regarde où les escargots nous ont conduits.
Escargots et prairie avaient disparu; les enfants se trouvaient sur une mince bande de gazon, enfouis jusqu'aux genoux dans des lys éclatants. De chaque côté, des falaises fleuries d'hyacinthes violettes et couronnées de pins encadrées les lys, qui coulaient entre eux comme la Voie Lactée; là où ils s'arrêtaient, commençait la grève, une grève de rêve en forme de croissant sur laquelle se brisaient les vagues couleur de jade, d'émeraude et d'outremer.
Debout entre les lys et la mer, Tabitha écoutait de toutes ses oreilles, non pas tant le rythme des vagues que le silence dans lequel, elle le savait, elle entendrait de nouveau la harpe qui s'était tue.
La main dans la main, les enfants avancèrent sur la grève, se penchant sur les flaques où nageaient des poisons multicolores, où s'épanouissaient des anémones de mer. Sur le sable brillaient des milliers de coquillages roses, nacrés et gris d'argent, en forme d'étoiles, de trompes ou de clochettes.
Dans l'intervalles de deux vagues, la mélodie triomphale et mélancolique, le chant de douleur et de joie, éclata soudain si près d'eux qu'ils tressaillirent comme s'ils avaient entendu un coup de tonnerre.
André et Tabitha s'élancèrent sur le sable, grimpèrent sur les rochers et se trouvèrent au milieu des coursiers aux crinières flottantes et trempées d'écume, qui les emportèrent sur leur dos avec une extrême douceur. Puis leurs pieds foulèrent de nouveau le sable d'or et, essuyant leurs yeux humides d'embruns, ils se trouvèrent là où les enfants de tous les âges ont toujours rêvé d'être : dans une île.
Cette île ravissante semblait flotter sur l'eau comme un nénuphar. Elle était fraîche et verte, toute fleurie de violettes et de roses. C'était très beau, mais très singulier, et Tabitha fut prise de nostalgie en songeant à la Vallée familière qui était la sienne et celle de Job. André, lui, paraissait tout à fait à son aise.
L'île de Léto, l'île des violettes et des Roses, l'île de douleur et d'amour, murmura t-il.
Tabitha se demanda d'où pourrait bien venir la douleur, puisqu'ils avaient laissé le monde derrière eux; puis elle se rappela celle qui vibrait dans le chant du Barde et se demanda si l'on peut jamais éprouver une joie pure de tout chagrin... Cette île possède t'elle une porte ? se demanda t'elle.
André la conduisit vers la touffe de rosiers rouges qui jaillissait au centre de l'île comme une fontaine de pourpre. Sur leurs têtes s'effeuillaient des roses blanches; leurs pieds foulaient un tapis de violettes. Au cœur de l'Ile, le rosier rouge formait un buisson presque impénétrable qui rappela à Tabitha la forêt de la Belle au Bois dormant. Mais André prenant les branches à pleines mains, lui fraya un passage. A l'intérieur ils trouvèrent une grotte fraîche et verte, parfumées de violettes; on y entendait le bruissement des eaux courantes.
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- Regarde ! s'écria André en écartant les dernières branches.
Tabitha ne devait jamais oublier ce qu'elle vit ce jour là. Un golfe en forme de fer à cheval encadrait un lac profond, aux eaux glacées et sombres comme une nuit sans étoiles, à l'extrémité duquel d'eau glissait dans les profondeurs cachées; on l'entendait bruire comme si elle rebondissait sur une marche d'un escalier sans fin.
- Jusqu'aux profondeurs de la mer, se dit Tabitha, jusqu'aux abîmes où vivent les Néréides et où Soisette a cru que nous n'aurions jamais la force de parvenir. Ainsi donc, cette île possède aussi une porte ; mais qu'elle est effrayante ! personne n'aura jamais le courage de suivre ces eaux dans l'abîme sans fond.
André agenouillé près d'elle, devait éprouver le même effroi, car ses épaules se mirent à trembler.
Soudain ils sentirent auprès d'eux la présence d'un être vivant d'une incroyable beauté : c'était le Cygne, barde d'amour et de douleur, qui chante la naissance et la mort et qui trônait comme un roi sur les eaux troubles. C'était le Cygne même que Tabitha et Job avaient vu dans leur Vallée, mais ici, au royaume de Leto, qui était le sien, il paraissait plus majestueux encore.
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Et voici que les enfants aperçurent près d'eux une autre créature vivante, qui nageait nonchalamment sur le lac, auprès d'une chute d'eau : sans doute avait elle surgit de l'abîme tandis qu'ils contemplaient le Cygne. C'était aussi un être céleste, plein de beauté en dépit de son étrangeté. Son corps se terminait en une queue de poisson couverte d'écailles d'un bleu dur de glacier : il portait fièrement sa tête et son cou arqué comme celui d'un cheval marin. Sa crinière et barbe ruisselait de lumière. Le regard sévère de ses yeux d'étoiles ne rappelait en rien la bienveillance d'Ariès ou la chaleur de Léo. C'était le Capricorne, mi chèvre, mi poisson, le gardien du solstice d'hiver dont brefs sont les jours et longues les nuits.
Il dévisagea durement la petite fille interdite puis tourna son visage vers André : soudain sa sévérité fit place à la compassion, car il reconnaissait un de ses fils, un fils coupable et malheureux. André écarta les roses pour s'approcher de lui à pas lents, tandis que la Barde se remettait à chanter.
Il chantait à voix si basse que Tabitha l'entendait à peine, mais elle savait que ce chant était l'écho des paroles intérieures qu'échangeaient dans le silence André et le Capricorne.
- Mon enfant, pourquoi es-tu si lent et si lourd, comme un captif chargé de chaînes ? Si les nuits sont longues durant le solstice d'hiver, brillante sont les étoiles et brillante la gelée blanche. Tu devrais partager leur joie.
- Je suis captif de mes folies et de mes fautes, mes liens sont plus solides que l'acier et je ne puis m'en libérer.
- Au fond de l'abîme tu trouveras la liberté : les grandes eaux briseront tes liens. Ils se détacheront de toi et deviendront plus brillant que l'argent.
- Je n'ose descendre dans l'abîme, car je redoute les grandes eaux; si je me livre à elles, je mourrai.
- C'est vrai, tu mourras, mais pour renaître.
- Je ne puis m'y abandonner; j'ai peur.
- Comme ont peur tous ceux qui doivent les traverser.
- Me faut-il aller seul ?
- Je te guiderai jusqu'à elles, mais tu devras descendre seul dans les profondeurs.
- Je ne puis.
- Aucun de mes enfants ne fut jamais un lâche,
- Soit; j'irai donc.
- Viens mon fils.
Le cygne se tut. Tabitha vit André monter sur le dos de la céleste créature. Le Capricorne, semblable à une vague monstrueuse, s'engouffra dans l'abîme avec une effrayante vélocité et tous deux disparurent par la porte qui donne entrée au royaume des mers.
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