Blog sur la nature et ses merveilles
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"La vallée qui chante " écrit par Elisabeth Goudge n'est plus édité depuis longtemps. C'est un livre merveilleux qui parle des esprits de la nature.
Je vais vous faire découvrir cette belle histoire..
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Au XVIIIe siècle, dans la ville de Hard, la petite Tabitha Silver a découvert "la vallée qui chante" c'est à deux pas de la ville, un paradis terrestre souterrain, peuplé de créatures fabuleuses, auquel la simplicité de l'enfance peut seule donner accès.
Au début de ce récit féérique et fantastique, la consternation règne dans le petit port de Hard où l'on doit abandonner, faute de crédits, la construction d'un magnifique navire.
Finalement, grâce à l'intercession de Tabitha et de quelques artisans au cœur simple, le peuple de la vallée viendra au secours de la ville et fournira au chantier naval tous les matériaux dont il a besoin.
Un récit merveilleux où chacun retrouvera, le temps d'une lecture, son âme d'enfant.
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Suite de l'histoire
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La main dans la main, les deux enfants s'élancèrent en riant dans le jardin; mais Antoine ne pouvait s'empêcher de jeter de temps à autre un coup d'œil vers la singulière statue.
- Qu'y a t-il au delà de cette Vallée je me le demande ? dit-il enfin. Si cette statue était un véritable cheval. Je pourrais monter dessus; tu prendrais Chérie et nous suivrions le ruisseau, au-delà du jardin japonais, pour voir où il va.
- Faisons semblant de le prendre pour un cheval véritable, dit Julie en s'élançant bravement vers la terrasse où se trouvait la statue.
Cœur battant, Antoine la rattrapa et la dépassa pour qu'elle ne risquât pas d'avoir peur en découvrant que le cheval avait un buste d'homme.
La statue se trouvait sur la troisième terrasse; Antoine s'en approcha à pas lents , saisie d'une crainte révérencielle; Julie le rejoignit, lui prit la main et tous deux contemplèrent ensemble le noble visage de l'étrange créature. C'était le Sagittaire, l'Archer qui veille sur les enfants nés, comme Antoine, aux approches de l'hiver, lorsque les matins sont aussi blancs que le lait et les brumes du soir étincelantes comme l'argent.
Le corps satiné de l'animal était d'un blanc pur et ses sabots d'argent massif; le torse de l'homme, pareil à une tour d'ivoire, exprimait une invincible énergie; ses yeux brillaient comme des étoiles. Il portait un arc et des flèches d'argent miellé d'or.
- Eh bien mon fils que veux-tu de moi ?
Antoine répondit silencieusement à ces silencieuses paroles :
- Céleste Archer, je me suis suffisamment attardée avec Julie dans la Vallée qui chante. Conduis nous vers la tâche qui nous est destinée.
Le Sagittaire se détourna et bondit sur la pelouse, si rapidement que les enfants eurent peine à le suivre. Ils le rattrapèrent dans la roseraie, arrêté près de Chérie qu'il considérait d'un regard bienveillant et qui s'inclinait devant lui avec humilité; car elle savait que les chevaux - et plus particulièrement les chevaux blancs - sont les enfants du Sagittaire, comme les lions ceux de Léo, les chèvres et les béliers ceux d'Ariès.
Sans qu'il comprit lui-même son Audace, Antoine se trouva à cheval sur le Sagittaire; Julie le suivant sur Chérie et Mignon bondissait derrière eux. Traverser le jardin japonais en pareille compagnie était une aventure aussi merveilleuse que de traverser l'arc-en-ciel, monté sur une étoile.
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- Que je voudrais escalader les cieux avec toi ! dit Antoine au Sagittaire, dans ce langage de l'esprit qui n'a pas besoin de paroles. Que je voudrais glisser parmi les vaisseaux du ciel aux voiles des nuées !
- Pourquoi donc, Ô bâtisseur de navires ?
- Chaque fois que je construis un navire, je contemple les vaisseaux du ciel et je souhaite obtenir les voiles célestes dont ils sont munis. Car mon navire serait alors le plus beau de tous ceux qui aient jamais navigué, et j'aurais, avant de mourir, achevé une œuvre parfaite.
- Ô rêveur de rêves, il n'est pas aisé d'aller là-haut chercher les célestes voiles.
- Il n'est pas aisé non plus de construire un vaisseau. Il n'est pas aisé de planter un jardin. Il n'est pas aisé de créer un monde. Mais c'est dans le travail seul que l'homme trouve sa joie.
- Pourras-tu gravir les montagnes jusqu'à la porte de glace ? demanda le Sagittaire.
- Avec ton aide, répondit Antoine.
- Après avoir franchi cette porte redoutable, pourras-tu escalader le glacier jusqu'au sommet perdu dans les nuées ?
- Avec ton aide.
- Tu devras y aller seul. Je te mènerai jusqu'à la porte, mais tu devras gravir l'escalier de glace.
- Je le ferai.
- Tu souffriras à chaque marche comme si tu marchais dans le feu.
- Je le ferai.
- Ton ascension te paraîtra durer plus de cent ans.
- Je le ferai.
- Mon fils, acceptes-tu de subir tout cela pour achever la construction d'un navire incomparable ?
- Si tu étais un bâtisseur de navires, tu ne poserais pas une telle question.
- C'est bien répondit le Sagittaire. Quand tu auras gravi les degrés de glace, tu t'agenouilleras devant le porte de cristal pour présenter ta requête. Fais-le en toute humilité. N'essaie pas de regarder à travers la porte et ne t'attarde pas sur le seuil : le temps où tu dois le franchir n'est pas encore venu. Quand tu auras présenté ta requête, retire toi immédiatement.
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As-tu entendu, mon enfant ?
Le Sagittaire se tut et son visage étincela de joie; car il est l'étoile des braves, l'étoile guerrière armée d'un arc et de flèches, que le courage de ses fils emplit de joie.
- C'est très joli ici, remarqua Julie.
Le jardin japonais se perdait au milieu des près qui bordaient le ruisseau. Soucis et myosotis y formaient des touffes d'or et d'azur; partout où se posaient les sabots du céleste Archer, un filigrane délicat de feuilles argentées étoilait le gazon. Des martins-pêcheurs filaient comme un éclair sur la rivière, des hérons et d'autres oiseaux aquatiques s'ébattaient sur les eaux, tandis que de la forêt montait un chœur d'oiseaux.
- Quand j'étais dans le jardin, je pensais que les oiseaux y chantaient plus clair que partout ailleurs, remarqua Antoine, mais ici leur ramage est si puissant qu'on croirait entendre chanter la terre elle-même.
- C'est sûrement leur paradis, observa Julie. C'est la Vallée des oiseaux qui chantent. Je me demande qui a bien pu orner leurs ailes de si vives couleurs.
Elle s'adressait à Antoine mais ce fut le Sagittaire qui répondit silencieusement :
- Tu le verras, petite amie des fanfreluches, qui te plait à parer les animaux familiers.
Ils continuèrent d'avancer, jusqu'à une prairie où le Sagittaire fait halte; ses compagnons demeurèrent figés sur place par une surprise émerveillée.
Ce qu'ils avaient pris pour des touffes de fleurs n'étaient autre que des milliers d'oiseaux aux brillants coloris. De toutes parts, ils couvraient la terre ou la survolaient à courte distance, à la manière des rapaces. Tous s'ébrouaient, battant des ailes comme s'ils cherchaient à se sécher après l'ondée; puis ils s'envolèrent d'un même élan, décrivant une courbe aussi gracieuse que celle d'un arc-en-ciel, tandis que d'autres oiseaux, entièrement dépourvus de couleurs, les remplaçaient dans la prairie. Leurs corps menus étaient bruns, grèges ou gris, mais ils n'avaient ni gorge rouge, ni ailes bleutées, ni queue dorés, ni capuchon cramoisi; et tous gardaient le silence.
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- Ces oiseaux sont emportés vers l'arc-en-ciel comme une volée de feuilles par le vent d'automne ! s'écria Julie.
Abritant ses yeux de la main. Antoine constata qu'elle disait vrai. Les oiseaux pleuvaient sur la prairie comme une volée de feuilles d'automne, traversaient l'arc-en-ciel et en ressortaient ornés de mille coloris divers.
- Séparez vous, enfants, dit le Sagittaire dans son langage silencieux; vous vous retrouverez dans l'avenir. Mon fils, je te ferai traverser la rivière et t'indiquerai les montagnes que tu dois gravir. Et toi, fille des célestes Gémeaux, fille des roses de juin, ne sais-tu pas qu'il existe un trésor caché au pied de l'arc-en-ciel ? Quand à vous, petit cheval blanc, petit chien aux yeux vifs et à la toison d'argent, au delà de cette prairie vous trouverez le paradis des animaux.
Le Sagittaire s'inclina et partit avec Antoine du côté de la rivière. Mais Julie n'eut pas le temps de sentir sa solitude : Chérie, suivie de Mignon, trottait déjà vers le pré fleuri dans lequel reposait l'arc-en-ciel.
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