Blog sur la nature et ses merveilles
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"La vallée qui chante " écrit par Elisabeth Goudge n'est plus édité depuis longtemps. C'est un livre merveilleux qui parle des esprits de la nature.
Je vais vous faire découvrir cette belle histoire..
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Au XVIIIe siècle, dans la ville de Hard, la petite Tabitha Silver a découvert "la vallée qui chante" c'est à deux pas de la ville, un paradis terrestre souterrain, peuplé de créatures fabuleuses, auquel la simplicité de l'enfance peut seule donner accès.
Au début de ce récit féérique et fantastique, la consternation règne dans le petit port de Hard où l'on doit abandonner, faute de crédits, la construction d'un magnifique navire.
Finalement, grâce à l'intercession de Tabitha et de quelques artisans au cœur simple, le peuple de la vallée viendra au secours de la ville et fournira au chantier naval tous les matériaux dont il a besoin.
Un récit merveilleux où chacun retrouvera, le temps d'une lecture, son âme d'enfant.
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Suite de l'histoire
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L'ogre suivit le sentier, assez lentement pour ne pas écraser les escargots. Autour d'eux montaient le chant des oiseaux et la fraîche haleine de la clairière.
-Les cygnes ne chantent pas, objecta la petite fille.
- Celui-là, Les cygnes de la terre chantent lorsqu'ils vont mourir... Ils chantent ce nouveau monde dont vous avez parlé... Oh ! comme le soleil brille !
Tabitha, surprise, leva les yeux. L'ogre avait disparu : on voyait à sa place un enfant d'une merveilleuse beauté.
- Mais tu pèses des tonnes ! s'écria t-il en laissant tomber son fardeau sur l'herbe. Tabitha se releva en riant et s'aperçut qu'elle était presque aussi grande que lui.
- Je m'appelle André, dit-il et toi ?
- Tabitha.
- Est-ce que je ne te nommais par Narcisse ? reprit il d'un air intrigué.
- C'est vrai, mais je préfère qu'on m'appelle Tabitha.
André hocha la tête en souriant. C'était un enfant élancé, brun et bouclé avec des yeux gris, de longs cils et des traits si délicats que Tabitha souhaita que Job pût les voir : rien ne lui causait plus de joie que des lignes harmonieuses. André était pieds nus et portait une chemise rouge et une culotte de matelot. Etait-il possible que ce bel enfant eût pu devenir un ogre repoussant ? Quel dommage ! pensa la petite fille, et elle ajouta doucement :
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- Frappe à la petite porte.
André se retourna et aperçut la porte.
- C'est donc vrai ! murmura t-il d'une voix grave : comme Job, cet enfant portait en lui une sagesse d'homme. Il s'approcha de la porte et frappa.
- Quel âge avez-vous ? demanda la voix
- Onze ans, je m'appelle André.
La porte s'entrouvrit et les escargots s'y précipitèrent, mais André demeura sur le seuil, tête basse. Tabitha s'approcha de lui, se demandant ce qui n'allait pas.
- Ecoute, lui dit-il tout bas.
La petite fille prêta l'oreille et crut entendre le bruissement des vagues.
- Mais la Vallée n'est pas au bord de la mer, dit-elle toute surprise. Pourquoi n'entres-tu pas, André ?
- On ne me permettrait pas. Et pourquoi me le permettrait on ? Mais si je restes là, j'entendrai la mer.
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Cette humilité écrasée affligea Tabitha. Job n'avait pas hésité, lui, ni Julie, bien que son administration. Quand à Mr Péregrine ...
La porte s'ouvrit un peu plus et Tabitha reconnut nettement le rythme de la mer.
- Vous pouvez entrer dit la voix.
- Je suis souillé, objecta André. Et je suis enchaîné.
La petite fille le regarda avec stupéfaction. A ses yeux il était propre et elle ne voyait pas les chaînes dont il parlait.
- N'entendez-vous pas le bruit de l'eau ? reprenait la voix. Vous pouvez ici vous laver et retrouver la liberté. Il vous est permis d'entrer.
André rayonnant, se retourna vers Tabitha.
- Je peux entrer ! s'écria t-il en lui saisissant la main, viens, Tabitha
Tabitha lui arracha sa main et se rejeta contre le mur en se cachant le visage dans ses bras; son cœur était plein de chagrin. Quel affreux sentiment d'exil ! jamais elle n'avait été si malheureuse; jamais elle n'aurait cru qu'on peut être si malheureux.
- Je ne peux pas entrer, sanglota t-elle; je suis trop vieille.
- Trop vieille ? par exemple ! protesta André en lui découvrant de force le visage.
- J'ai cinq ans de trop ! j'ai quinze ans ! je ne peux pas entrer.
Il y eut un silence chargé d'angoisse, tandis qu'André luttait contre lui-même.
- Alors je n'entre pas non plus, dit-il enfin. Si tu restes dehors, je restes aussi.
Le cœur de Tabitha se gonfla de joie. Cela valait la peine de supporter l'exil pour entendre pareille chose. La porte s'ouvrit toute grande et une bouffée d'air frais les frappa au visage.
- Entrez tous les deux, dit la voix splendide avec un soupçon d'impatience. Tu as porté ton fardeau bravement, petite, et bien assez longtemps pour un enfant. Tu peux aller avec lui, car il a besoin d'être guidé d'une main ferme. Et toi, mon petit, tu étais prêt à souffrir pour elle et on ne te demande que cela : être prêt. Eh bien ! me faudra t-il tenir cette porte ouverte jusqu'au jour du jugement ?
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- Ce n'est pas la Vallée qui chante ! s'écria Tabitha.
- Si, c'est bien elle, répondit André
- Mais ce n'est pas la mienne !
- Mais c'est la mienne, dit doucement le petit garçon en prenant la main de Tabitha effrayée. Asseyons nous un instant; tu verras que tu vas la reconnaître.
- Le cèdre n'a pas changé, constata la petite fille avec soulagement.
- Le cèdre ne change jamais "Les cèdres du Liban que Sa main a plantés..." c'est je crois, le symbole de l'éternité.
Les enfants s'assirent au pied du cèdre et Tabitha regarda avec étonnement les pâquerettes, rouges comme des langues de feu, qui parsemaient la prairie.
- Ce sont des anémones, expliqua André. Dans le pays où je suis né, elles poussent dans les champs, comme des boutons d'or en Angleterre.
- Dans quel pays es-tu né ?
- En Grèce.
- C'est donc la Grèce ici ?
- Ce n'est pas la Grèce qui a donné le jour à mon corps; mais c'est la patrie de mon cœur, celle où je retournais si souvent lorsque j'étais jeune... Puis j'en ai été chassé... Nous sommes dans les Champs Elysées.
- La lumière y est aussi belle.
- La lumière est la même dans toutes les vallées, c'est cela seul qui importe.
Tabitha tendit son visage au soleil en fermant les yeux; lorsqu'elle les rouvrit elle se sentit quiète et heureuse.
La vallée débouchait sur la mer, qui s'étendait au-dessous d'eux comme une autre prairie, bleu de nuit avec des ombres violettes. Une troupes d'étalons blancs, merveilleux et rapides , y galopaient; le soleil étincelait sur leur crinière flottante et ils courbaient la tête avec humilité en arrivant au rivage.
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Sur la gauche, s'élevait vers le ciel la colline aux flancs couvert d'oliviers argentés; ses falaises se dressaient comme deux mains pour soutenir dans la lumière sa couronne de gloire, une petite ville blanche et magique. La vallée respirait une paix profonde; elle était pleine d'harmonie, non par des chants d'oiseaux comme dans la vallée de Tabitha, mais le bruit de la mer se brisant sur la grève, le vent froissant les feuilles d'olivier et une singulière et nostalgique mélodie que Tabitha n'avait jamais entendue. Cela rappelait le son de la harpe, et pourtant ce n'en était pas une; c'était à la fois chant et lamentation, désir passionné du départ et regret poignant de la séparation, rire et larmes, ténèbres, lumière, chant de résurrection.
- Qu'est ce que c'est, André ? chuchota Tabitha.
- Le chant du cygne.
- Il est donc en train de mourir ?
- Non pas, le cygne est immortel. C'est dans notre monde seulement que le cygne chante au moment de mourir; car le cycle de sa vie le ramène, mourant, à l'endroit où il est né et il se souvient dans la mort du chant de sa naissance.
- Le cygne est-il un être céleste, comme Ariès et Léo ?
- Ne connais-tu pas les signes du Zodiaque ? demanda André en souriant.
- Si je les connais, il y en a douze, un pour chaque mois : des hommes, des bêtes, des poissons, mais pas un seul oiseau. Je trouve cela très injuste. Je crois qu'on a dû se tromper en baptisant la balance, qui dirige, du 23 septembre au 23 octobre, l'époque où les grands vents s'élèvent de la mer comme des ailes. Le pasteur Redfern possède une gravure de la balance et elle ressemble à un grand oiseau merveilleux.
- Tu as raison : c'est un cygne, et le plus beau de tous les cygnes.
- Job et moi l'avons rencontré dans ma Vallée. Ecoute André, la musique s'est tue.
André se leva d'un bond, entraînant la petite fille :
- Montons vite là-haut voir s'il est à la ville.
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- Les escargots veulent aller à la mer, dit Tabitha en montrant les escargots qui sortant du champ d'anémones, dévalaient vers le rivage et s'en réjouissant in petto : cette ville de songe lui faisait un peu peur; elle ne paraissait pas destinée aux mortels.
Les enfants suivirent lentement les escargots. Chaque pas leur révélait une beauté nouvelle. Narcisses, asphodèles, hyacinthes et lys doré croissaient de toutes parts, ils traversèrent un verger de citronniers portant à la fois des fleurs et des fruits, fleurs en forme d'étoiles, fruits couleur de soleil, puis un bois de lauriers et de myrtes où raconta André, le rossignol chantait toutes les nuits au clair de lune.
- Je ne savais pas qu'il pouvait faire nuit ici, dit la petite fille.
- Bien sûr que si. Ce serait trop triste de ne plus jamais voir les étoiles !
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