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Blog sur la nature et ses merveilles

La Vallée qui chante - chapitre 6 -

 

"La vallée qui chante " écrit par Elisabeth Goudge n'est plus édité depuis longtemps. C'est un livre merveilleux qui parle des esprits de la nature.

Je vais vous faire découvrir cette belle histoire..

 

 

Au XVIIIe siècle,  dans la ville de Hard, la petite Tabitha Silver a découvert "la vallée qui chante" c'est à deux pas de la ville, un paradis terrestre souterrain, peuplé de créatures fabuleuses, auquel la simplicité de l'enfance peut seule donner accès.

Au début de ce récit féérique et fantastique, la consternation règne dans le petit port de Hard où l'on doit abandonner, faute de crédits, la construction d'un magnifique navire.

Finalement, grâce à l'intercession de Tabitha et de quelques artisans au cœur simple, le peuple de la vallée viendra au secours de la ville et fournira au chantier naval tous les matériaux dont il a besoin.

Un récit merveilleux où chacun retrouvera, le temps d'une lecture, son âme d'enfant.

 

Suite de l'histoire 

Tous deux se mirent à quatre pattes; Job frappa très doucement à la petite porte, et ils prêtèrent l'oreille.

- Qui est là ? fit une toute petite voix.

- Tabitha Silver et Job Barton.

Vous paraissez bien grands, reprit la voix avec hésitation. Si vous êtes de la taille d'un lapin, vous pouvez entrer; de la taille d'un cerf, il faut rester dehors.

Nous sommes entre les deux !

Je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous entriez; mais si vous restez coincés... à vos risques et périls !

- Je passerai le premier, chuchota Job.

Il se coula à travers la porte qui s'était entrouverte sans qu'on vit la personne à qui appartenant la voix. La tête et les épaules du petit garçon bloquaient toute l'ouverture, de sorte que Tabitha, blottie derrière lui, ne voyait rien; mais elle l'entendit pousser un cri de joie et il s'arrêta court.

- Avance donc ! dit la petite fille et lui chatouillant la plante des pieds; il avança et elle le suivit. Pendant un instant terrifiant, elle resta coincée dans l'ouverture, tant elle était grassouillette ! mais Job la tira vigoureusement et elle finit par se trouver de l'autre côté; la porte se referma derrière elle. Tabitha se mit à croupetons et demeura bouche bée, stupéfaite et ravie.

Il est impossible de décrire la beauté de la petite créature vêtue de fourrure qui les accueillait. Elle ne mesurait pas plus de cinquante centimètre de haut; Tabitha la prit d'abord pour un homme en miniature, puis pour un bébé castor, puis pour un oiseau d'espèce inconnue et enfin elle ne sut plus qu'en penser, sinon qu'il était la plus adorable créature qu'ou eût jamais vue.

Ce petit être se tenait debout, chaussé de sabots d'antilope, vêtu d'un tablier d'herbes tressées muni de poches qui paraissaient bourrées de trésors. Il n'avait pas besoin d'autres habits, car il était entièrement revêtu d'une douce fourrure brune et soyeuse; ses mains délicates ressemblaient à des mains humaines. Son visage effilé rappelait à la fois une fleur de pensée et le minois d'un chat; il avait des yeux vifs, des oreilles pointues comme celles d'un faune et entre ses sourcils brillait ce que Tabitha prit pour une rose d'argent, mais qui était en réalité, une étoile de feu; elle n'émettait pas de chaleur, mais rayonnait d'une étoile argentée. Derrière la tête de cette ravissante créature s'élevait un souple et translucide diadème en forme d'éventail, que la petite fille crut être une paire d'ailes repliées ou l'auréole dont les peintres entourent la tête des saints, et qui était à l'extrémité d'une queue touffue et relevée en panache.   

- Qu'est-ce que ce bel éventail déployé derrière votre tête ? chuchota Tabitha.

- Un en-tout-cas, lui fût-il répondu; mais elle ne comprit pas sur-le-champ ce que cela voulait dire.

Job, lui aussi, était demeuré à croupetons, la bouche entrouverte et les yeux écarquillés; il s'enhardit enfin jusqu'à poser une question :

- Qui êtes-vous, je vous prie ?demanda-t-il avec une extrême politesse.

La charmante créature sourit si franchement que les coins de sa bouche remontèrent jusqu'à ses oreilles de faune.

- J'appartiens au Petit Peuple répondit-elle

- Voulez-vous dire que vous êtes une fée ? chuchota Tabitha

- Je crois, en effet, que chez vous on nous appelle ainsi.

- Mais objecta le petite fille stupéfaite, j'ai toujours pensé que les fées sont des créatures vaporeuses, vêtue de gaze et coiffées d'étoiles, avec des ailes transparentes comme celles des libellules.

Le petit être fit claquer sa langue d'un air agacé.

- Toutes les créatures de même espèce ne se ressemblent pas, dit-elle. Est-ce que vous ressemblez à Mr Peregrine ? Un cygne ressemble t'il à un rouge-gorge, un requin à une ablette, un éléphant à une souris ? Pauvre petite ignorante ! il existe autant d'espèces de fées qu'il y a d'êtres dont elles doivent s'occuper. Deux fées ne se ressemblent pas plus que deux primevères, deux bébés ou deux lapins !

- Je comprends, murmura doucement Tabitha. Les fées des fleurs ressemblent aux fleurs, celles des insectes, celles des oiseaux aux oiseaux... Vous êtes la fée des bêtes à fourrure.

- L'idée est juste, mais l'expression erronée, rectifia la jolie créature. Nous ne portons ces noms stupides. Je fais partie des Pieds-fourrés et je m'appelle Soisette. Les autres espèces dont vous avez parlé sont les fragrances et les ménestrels. Nous avons aussi des gnomes, qui s'occupent des bois, les Néréides qui gardent les créatures des eaux, et bien d'autres encore. Les plus grands d'entre nous veillent sur vous autres humains. Pour je ne sais quelle raison. Le Ciel attache un grand prix à votre race. A mon avis c'est une singulière idée. Parlez moi des animaux : à la bonne heure !

- Comment sont les êtres qui veillent sur nous ? demanda Job.

- Ils ont une vague ressemblance avec vous, répondit Soisette, mais ne vous avisez pas d'en tirer vanité. Auprès de l'être de bénédiction qui la protège, une créature humaine est comme une mare boueuse à côté d'une source limpide. Naturellement vos anges sont cachés à vos yeux; mais non pas aux nôtres.

- J'ai vu parfois un rayon de soleil près de moi, chuchota la petite fille, mais je ne savais pas que c'était un Ange.

- Jusqu'à ce moment, les enfants avaient été tellement fascinés par leur charmante amie qu'ils n'avaient d'yeux que pour elle; mais Job se décida à regarder autour de lui et demeura bouche bée.

- Dans quel monde sommes-nous donc ? s'écria t-il une fois qu'il eut recouvré ses esprits.  

- Dans un monde bien différent du nôtre, expliqua Soisette. En franchissant la porte de la carrière, vous avez laissé ce monde derrière vous pour pénétrer dans une contrée que d'aucuns nomment le Jardin d'Eden ou le Paradis terrestre, et d'autres l'Acadie ou les Champs-Elysées, pour nous c'est tout bonnement l'Atelier.

- L'Atelier ? s'exclama Tabitha.

- Un atelier ... comme celui du Yard ? s'informa Job.

- Mais naturellement. Que pensez-vous donc que ce fût ?

- Je ... ne... sais pas, dit Tabitha avec hésitation. Le pays des rêves, sans doute.

- Des rêves ! s'écria Soisette avec indignation. Nous n'avons pas le temps de rêver ici. C'est bon pour vous autres, paresseux mortels. Mais je peux vous faire visiter l'Atelier, si vous le désirez; je viens tout juste de terminer un lapin et on m'a donné congé. 

Le Pied-fourré se détourna, présentant aux regards le merveilleux panache de sa queue soyeuse, et s'élança lestement sur le tapis de mousse que ses sabots foulaient sans bruit.

Tous trois se trouvaient à l'intérieur de la colline, mais il était difficile de se croire sous terre, car l'atmosphère y était légère et colorée comme celle d'une bulle de savon, les couleurs aussi gaies que celles d'un jardin en juin, et l'air bourdonnant d'une activité de ruche. Des milliers de vers luisants faisaient resplendir les voûtes, majestueuses comme celles d'une cathédrale; les murs, qui ressemblaient aux pétales incurvées d'une tulipe, étaient faits de pierres d'agate aux veines couleur de feu, de mer et de forêt. D'innombrables alvéoles de toutes formes et de toutes dimensions s'ouvraient dans cette salle et menaient à des grottes qui ressemblaient de l'éclat de milliers de cierges. Ce n'étaient pourtant pas des cierges qui les éclairaient, mais les étoiles brillant au front du petit peuple.

La salle centrale regorgeait de trésors comme un gigantesque entrepôt. Sur le tapis de mousse étaient soigneusement classés des piles de pétales de fleurs, des monceaux de plumes soyeuses et des tas de fourrures de toutes nuances , depuis le blanc d'argent jusqu'au plus sombre noir, en passant par le gris, le beige et le châtain. De grandes jarres de jade et de perle étaient emplies d'étamines de lis, d'ailes de libellules, d'antennes d'abeilles et de ces joyaux qui parent le front des crapauds.

Emerveillés et pleins de joie, les enfants contemplaient les allées et venues des diverses créatures appartenant au petit peuple et qui évoluaient allégrement au sein de ces richesses. Les Pieds-fourrés se ressemblaient beaucoup; cependant il n'y en avait pas deux exactement pareils; les plus petits étaient gros comme des souris et les plus grands de la taille se Soisette. Les fragrances paraissaient des fleurs ailées traînant derrière elles une longue bouffée de parfums. Les ménestrels allaient de la taille d'un oiseau-mouche à celle d'une palombe; ils possédaient des ailes de papillon; des antennes coiffaient leurs petits visage effilés. Ils conquirent aussitôt le cœur de Tabitha avec leurs jolis capuchons de plumes et leurs ailes scintillantes de mille couleurs, terminées par de minuscules clochettes d'argent qui tintaient doucement à chacun de leurs mouvements. Au lieu de bourdonner comme les Fragrances, les Ménestrels, avaient de claires voix mélodieuses; quand ils s'entretenaient tous ensemble, on eût cru ouïr le chœur des oiseaux à l'aube d'un jour d'avril. 

- Où sont les Gnomes ? demanda Job en regardant avidement autour de lui, car, malgré son amour des fleurs et des oiseaux, son cœur de sculpteur appartenait au bois.

- Plus haut, dans la montagne, répondit Soisette. Leurs ateliers se trouvent juste au dessus de ceux-ci, et les Neréides habitent au bas, dans les profondeurs de la mer.

- Et nos bons Anges ? s'enquit Tabitha

- Sur les sommets. A peine avez-vous pu apercevoir la flamme qui y brille, lorsque vous étiez dans la Vallée. Il y a chez nous beaucoup d'ateliers différents, mais ils communiquent tous avec la Réalité suprême, cœur de toute Vie. Il vous serait impossible d'aller jusqu'à elle : son éclat vous réduirait en poussière. Je doute aussi que vous puissiez atteindre les sommets et les abîmes; mais sans doute pourriez-vous monter jusque chez les Gnomes de votre pied léger, si le cœur vous en dit. 

- Oui, oh ! oui ! s'écrièrent les enfants avec enthousiasme. Ils s'élancèrent derrière Soisette avec une ardeur redoublée, se faufilant entre les tas de fourrures jetées sur le sol comme des monceaux de feuilles d'automne. Derrière une pile de pétales de roses ils aperçurent une grande porte faite de bois de pin, dans laquelle en était ménagée une plus petite, exactement pareille à celles qu'ils avaient franchies pour arriver dans l'atelier.

- Pourquoi y a -il deux portes ? demanda la petite fille.

- La plus petite est pour nous autres, gens du Petit peuple, et la plus grande est pour les Anges, expliqua Soisette. Ils circulent constamment pour voir comment nous nous acquittons de notre besogne.

Du bout des doigts, Soisette effleura la petite porte; elle s'ouvrit immédiatement de tous les trois la franchirent - Job et Tabitha à plat ventre.

 

 

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