Blog sur la nature et ses merveilles
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"La vallée qui chante " écrit par Elisabeth Goudge n'est plus édité depuis longtemps. C'est un livre merveilleux qui parle des esprits de la nature.
Je vais vous faire découvrir cette belle histoire..
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Au XVIIIe siècle, dans la ville de Hard, la petite Tabitha Silver a découvert "la vallée qui chante" c'est à deux pas de la ville, un paradis terrestre souterrain, peuplé de créatures fabuleuses, auquel la simplicité de l'enfance peut seule donner accès.
Au début de ce récit féérique et fantastique, la consternation règne dans le petit port de Hard où l'on doit abandonner, faute de crédits, la construction d'un magnifique navire.
Finalement, grâce à l'intercession de Tabitha et de quelques artisans au cœur simple, le peuple de la vallée viendra au secours de la ville et fournira au chantier naval tous les matériaux dont il a besoin.
Un récit merveilleux où chacun retrouvera, le temps d'une lecture, son âme d'enfant.
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Suite de l'histoire
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De l'autre côté de la porte, Job s'aperçut sans étonnement qu'il était seul, vêtu de culottes courtes et d'une jaquette de cuir râpée. Il ne s'étonna pas non plus de se voir jambes nues ni de remarquer que s'il portait toujours le pot d'escargots au creux du bras gauche, sa main droite serrait, au fond de sa poche, un couteau et un bout de bois.
-Viens donc, Job, il y a des éternités que je t'attends ! cria Tabitha.
Il leva les yeux et se mit à rire en la voyant perchée sur la branche basse d'un gros cèdre, à l'entrée de la vallée, tandis qu'à ses pieds Mignon se roulait avec délices dans l'herbe fraîche.
Mignon était, comme Job, entièrement transformé. Sa toison n'était plus taillée à tort et à travers, mais intacte dans la beauté argentée que Dieu avait voulu pour elle.
Cette vallée était inconnue à Job et pourtant lui paraissait familière, regorgeant de ses fleurs favorites, primevères, jonquilles, anémones et boutons d'or. Elle était bordée de bouleaux et de cerisiers sauvages en pleine floraison, au-dessus desquels s'élevaient les flammes vertes des jeunes hêtres et la splendeur rosée des chênes tout bruissant d'oiseaux. L'éclair d'un martin pêcheur filait près du ruisseau qui s'éclaircissait en un étang, bleu comme le saphir et tout bordé de roseaux, où nageaient les cygnes, des poules d'eau et des canards sauvages. Lapins et écureuils se jouaient dans les taillis; Job aperçut une biche qui filait sous les futaies.
- Regarde les escargots ! cria Tabitha.
Job regarda; se précipitaient littéralement hors de leur prison, laissant derrière eux des traînées argentées et se glissant dans l'herbe à vive allure (pour des escargots, s'entend). Ils avançaient en bon ordre, le plus dodu en tête et les autres derrière lui en forme de triangle, comme des oiseaux migrateurs.
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- Ils vont quelque part ! déclara Tabitha. Et ils veulent nous emmener avec eux.
- Qu'en sais-tu ?
- Regarde leurs queues.
A mesure qu'ils quittaient leur pot, chacun des escargots tortillait sa ridicule petite queue comme pour dire " venez donc ! " Mignon le répétait à sa manière, sautant avec agitation et fourrant sa truffe sur ses pattes de devant avec un gémissement de délices. Tabitha et Job se prirent par la main et suivirent la procession d'escargots; Le caniche bondissait autour d'eux. Ils avançaient à une allure qui, pour les escargots, était un galop endiablé, mais pour eux une paisible flânerie qui leur laisser le temps de regarder autour d'eux et de bavarder.
- Comment n'es-tu pas surprise que je sois un enfant ? demanda Job. Au Hard, je suis un vieillard.
- Je pense qu'ici rien ne vieillit jamais. Tu verras : dans la Vallée il n'y a pas de fleurs fanées; tous les animaux sont jeunes et pleins d'allégresse.
- Quand as-tu découvert cet endroit ?
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- Il y a un mois, par le premier beau jour de mars. je jouais dans la clairière et j'ai aperçu la petite porte. Comme il n'y a pas de loquet, j'ai frappé en disant : " puis-je entrer, s'il vous plaît ,
- quel âge as-tu ? " m'a-t-on demandé. J'ai répondu " dix ans "; et la porte s'est ouverte.
- Qui te l'a ouverte ?
- Personne.
- Comment cela, personne ?
- Je veux dire que je n'ai vu personne. La voix était très belle, profonde comme le vent dans les arbres et cependant aussi douce que la brise au printemps.
- Et que fais-tu ici ?
- Pas grand chose; je suis heureuse, voilà tout.
- Eh bien, maintenant nous allons faire quelque chose ! s'écria Job d'un ton décidé. Regarde les escargots !
Ils avançaient de plus en plus vite, dressant leurs cornes et rebroussant la queue. En débouchant près de l'étang ils s'arrêtèrent sans rompre les rangs : on eût dit la halte que le conducteur d'un char à bancs ménage pour ses passagers auprès d'un beau point de vue.
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L'étang était splendide avec ses nénuphars roses et blancs entre lesquels se jouaient des poissons. Six merveilleux cygnes blancs avaient élus domicile dans les fleurs. L'un d'eux était d'une taille si majestueuse que Job en perdit le souffle. C'était le prototype même du cygne, avec son plumage éblouissant ; la courbe de son cou et de sa poitrine était beauté que l'artiste s'éveilla dans le cœur de Job : il éprouva la plénitude de la vision qui le fuyait la veille sur la carcasse du bateau et, vit son œuvre accomplie. Toute son âme criait de joie. Soudain le cygne se souleva, agita les ailes avec un bruit de tonnerre, tandis que poules et canards fuyaient éperdus et s'envola, suivi des cinq autres, ruisselant de soleil et rayonnant comme de l'argent. Remis de leur effroi sacré, Tabitha et Job se regardèrent.
- Peut-être sont-ils allés au Hard, dit la petite fille. Crois-tu que ce soit de vrais cygnes, simplement plus beaux que les autres ?
- Le grand cygne n'appartient pas à notre terre, répondit Job; jamais ne n'ai vu son pareil.
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Job et Tabitha avancèrent sur les rives parsemées de boutons d'or et gagnèrent les futaies de cerisiers en fleur. Les escargots, essoufflés, gravissaient le talus si péniblement que Mignon, saisi d'impatience, aboya et fila comme une flèche. L'odeur des jacinthes les enveloppa; des lacs bleus scintillaient à travers les branches des chênes.
- Regarde ces chênes ! s'écria Job. Dans toute notre forêt on n'en trouverait pas d'aussi beaux.
Ils avaient atteint le premier chêne et Job appuya sa main sur le tronc robuste :
- Vois donc, Tabitha, il est sain jusqu'au cœur de l'aubier.
Tabitha posa à son tour la main sur la rude écorce, mail elle n'avait pas l'expérience de Job qui, après avoir manié des bois toute sa vie, en connaissait la qualité rien qu'au toucher : on eût dit qu'ils étaient transparents à ses yeux, comme l'âme de ses paroissiens aux yeux du pasteur Redfern. Mais, élevée comme elle l'était dans un chantier naval, la fillette ne pouvait avoir qu'une idée quand à l'utilisation du bois :
- Avec du chêne de cette qualité, on ferait un beau navire ! dit-elle
- Un navire magnifique ! Le forestier de par ici connaît son métier. Regarde comme il a nettoyé le sous-bois pour que les arbres respirent à l'aise. Et ils sont entièrement débarrassés du lierre. Oui, ce sont des arbres bien soignés.
- Est-ce que ces arbres perdent jamais leurs feuilles ? demanda Job en renversant la tête en arrière.
- Non, répondit Tabitha, ils ne disent jamais adieu au printemps.
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Tous deux contemplèrent la merveilleuse tapisserie colorée qui se déployait sur leur tête. Quand ils baissèrent les yeux, les escargots avaient disparu : leur mission était accomplie. Les enfants s'assirent au milieu des jacinthes et sommeillèrent au soleil, bercés par la musique qui les environnait : violons des oiseaux, harpes des branches, tambour du pivert et, au loin, une voix profonde comme l'écho d'une trompette d'argent.
A demi assoupis, ils ne comprirent pas tout de suite ce qui signifiait cette voix; ce fut Job qui la remarqua le premier; il se redressé pour écouter, tout rose d'excitation.
- Il est là-bas ! s'écria-t-il en sautant sur ses pieds.
- Qui donc ?
- Le forestier.
Tabitha se leva d'un bond et, grimpant le talus derrière Job, s'élança, leste comme un biche du côté d'où venait la voix. Job avait disparu derrière un chêne gigantesque; la voix s'était tue, bien qu'au loin persistât le son des trompettes.
Quand Tabitha déboucha à son tour dans la clairière, elle trouva Job à côté d'une pile de bois fraîchement coupé; une grande faulx d'argent scintillait dans une touffe de jacinthes.
- Je ne l'ai pas vu, dit Job, mais il est encore plus robuste que ton père.
Tabitha regarda la faulx avec révérence; c'était vrai : Simon lui-même n'aurait pu manier pareil outil.
- Ce doit être un géant, balbutia-t-elle en sentant ses orteils se crisper de frayeur.
Job lui prit la main :
- Il ne peut rien y avoir de malfaisant dans cette vallée, dit-il; les animaux n'ont pas peur : nous n'avons pas peur non plus.
- Oh non, pas du tout, renchérit Tabitha en jetant derrière elle des coups d'œil furtifs pour s'assurer qu'il n'y avait personne.
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Il n'y avait personne en effet, mais dans le tronc du chêne se creusait une petite porte irrégulière; tous deux s'en approchèrent et regardèrent s'enfoncer dans les profondeurs de la terre le sentier qui y prenait accès. Il n'était pas obscur, mais irradiait une clarté argentée comme celle du clair de lune.
La main dans la main, Job et Tabitha s'y engagèrent. La lumière était si suave que la petite fille se sentit tout de suite rassurée. Le sentier sinueux déboucha brusquement devant le mur de pierre dans lequel était enchâssée une porte de chêne, que des centaines de vers luisants éclairaient de leurs petites lampes. La porte avait la même forme que celle de la carrière; mais, au lieu d'être faite pour un enfant, elle était haute de deux mètre et large en proportion. Elle n'avait pas de loquet; Job et Tabitha restèrent à la contempler sans oser y frapper.
- Regarde ! s'écria soudain la petite fille en montrant à son compagnon une porte minuscule taillée dans la grande. Elle était hermétiquement fermée et également dépourvue de loquet.
- Cette porte-là est faite pour quelqu'un de beaucoup plus petit que nous, dit Job avec décision. Que faire ? Une des portes est trop grande, l'autre trop petite.
- Je peux bien frapper à la petite, dit Tabitha; je n'oserais pas frapper à l'autre, car j'aurais peur de celui qui me l'ouvrirait; mais je ne pense pas que j'aurais peur de celui qui ouvrirait la petite : et toi ?
_ Je n'aurais peur ni de l'un ni de l'autre; mais ce serait sans doute plus poli de nous adresser à la petite porte. Elle est plus humble et nous ne sommes pas de grands personnages.
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