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Blog sur la nature et ses merveilles

La vallée qui chante - chapitre 4 -

 

"La vallée qui chante " écrit par Elisabeth Goudge n'est plus édité depuis longtemps. C'est un livre merveilleux qui parle des esprits de la nature.

Je vais vous faire découvrir cette belle histoire..

 

 

Au XVIIIe siècle,  dans la ville de Hard, la petite Tabitha Silver a découvert "la vallée qui chante" c'est à deux pas de la ville, un paradis terrestre souterrain, peuplé de créatures fabuleuses, auquel la simplicité de l'enfance peut seule donner accès.

Au début de ce récit féérique et fantastique, la consternation règne dans le petit port de Hard où l'on doit abandonner, faute de crédits, la construction d'un magnifique navire.

Finalement, grâce à l'intercession de Tabitha et de quelques artisans au cœur simple, le peuple de la vallée viendra au secours de la ville et fournira au chantier naval tous les matériaux dont il a besoin.

Un récit merveilleux où chacun retrouvera, le temps d'une lecture, son âme d'enfant.

 

Suite de l'histoire 

Le lendemain, Tabitha se réveilla en sursaut à cinq heures du matin : avant même de se rendre compte qu'elle étaient éveillée, elle avait déjà sauté à bas du lit, et, debout sur le plancher , se frottait les yeux de toutes ses forces. La lumière nacrée de l'aube commençait à baigner la chambre, les oiseaux chantaient, et l'enfant se rappela qu'elle avait quelque chose à faire sur-le-champ. Elle se réveillait toujours en sursaut ces jours là; et bien qu'elle se fût couchée la veille sans savoir de quoi il s'agissait, elle était toujours au clair sur ses projets avant d'avoir achevé de se frotter les yeux. Elle croyait fermement qu'une fée vivait près d'elle pour l'inspirer; bien des fois elle avait cherché à l'apercevoir, sans rien voir d'autre qu'un rayon de soleil dansant sur le plancher. Lorsqu'elle était toute petite, elle essayait souvent - mais en vain - de l'attraper.

Tout en versant l'eau froide dans sa cuvette et en faisant ses ablutions, elle chantait à cœur joie, car la tâche qu'elle avait à accomplir l'enchantait ; il s'agissait d'aller chercher chercher Job pour le conduire à la Vallée qui chante, jamais encore elle n'y avait emmené personne, mais ce jour-là, pressentant qu'un lien mystérieux rattachait la Vallée au navire, il lui fallait y aller avec Job.

Elle enfila rapidement les vêtements propres que sa mère lui avait préparés : une robe cerise ( largement rapiécée, car elle l'avait déchirée en grimpant aux arbres ) et un petit tablier à carreaux verts et blancs admirablement reprisé. Sa mère avait ciré les brodequins boueux et sorti un mouchoir blanc; ce matin-là; Tabitha prit la peine de se brosser elle-même les cheveux. Puis elle ouvrit la porte et se glissa le long du sombre escalier en colimaçon qui aboutissait dans une espèce de placard au fond de la cuisine.

La maison était petite mais agréable. Au rez-de-chaussée elle ne comportait qu'une vaste cuisine dallée avec des fenêtres de part et d'autre de la porte. Il y avait un plafond des poutres apparentes, des placards tout autour de la pièce, de gaies porcelaines sur le dressoir et des bouilloires de cuivre sur la cheminée. Mrs Silver avait orné les fenêtres de frais rideaux et des pots de fleurs; une grande corbeille de raccommodages était posée près de son fauteuil.

Tabitha traversa la cuisine en courant, ouvrit la porte et s'élança dans la rue. Au bout du chemin, la maison de Job se blottissait dans un jardin débordant de fleurs. Si le logis de Tabitha avait une atmosphère de familiale gaîté, celui de Job respirait la paix, comme un chat qui sommeille en ronronnant.

Toujours vêtu de son habit rapiécé, Job était déjà au jardin, faisant la chasse aux escargots. Malgré sa placidité, il n'était pas tendre envers la vermine qui dévastait son jardin bien aimé. Tabitha au contraire, avait un faible pour les escargots; de même qu'il existe des anges déchus, de même - à son idée - il existe des féées déchues qui, pour pénitence, sont condamnées à perdre leurs ailes et à ramper sous une lourde coquille. Les escargots ne laissent-ils pas derrière eux une trace brillante, argentée comme la lumière du royaume des fées ? 

Job que vas-tu faire de ces escargots ? demanda la petite fille avec anxiété.

- Les noyer dans un seau d'eau, répondit froidement le vieillard.

- Jamais de la vie ! cria Tabitha cramoisie, toute hérissée de fureur; et elle lui arracha des mains le vieux pots de fleurs où il fourrait ses captures. Comme tous les rouquins, elle avait le caractère emporté, mais Job était accoutumé et ne faisait qu'en rire.

- Ne les remets pas en liberté dans le jardin, ou je te donne le fouet !

- Je vais les emporter à la Vallée qui chante, dit Tabitha, il y seront en sécurité 

Et elle serra le pot sur son cœur, infligeant une horrible tache à sa robe fraîche.

- Enfin, où est-elle, cette Vallée qui chante ? Je connais toutes les vallées de par ici, et m'est avis qu'aucune d'elle ne s'appelle comme ça.

- Nous y allons tout de suite, dit Tabitha d'une voix qui tremblait encore, car sa colère ne s'était pas évaporée.

Job n'avait nulle envie de quitter son jardin, mais cette fois encore il ne put lui résister; il soupira, essuya ses mains sur ses culottes et suivit l'enfant le long d'un petit chemin qui conduisait au débouché de la Grande Rue. En essayant d'apercevoir la rivière, que cachait une brume légère, ils virent venir vers eux, une forme argentée et bondissante, si belle qu'elle aurait pu appartenir aussi bien à une licorne qu'à une antilope; mais lorsqu'elle fut près d'eux ils reconnurent, à leur grande surprise, le caniche de Mrs Peregrine. Mignon était ravissant dans la brume ensoleillée, avec ses poils emperlés de rosée : de loin : on ne remarquait ni sa queue en trompette, ni sa toison taillée en lion, ni le ridicule nœud rose dont l'affublait sa maîtresse. Avec des aboiements de délices, Mignon bondit sur eux pour embrasser le menton, puis se coucha à leurs pieds, frétillant de la queue et les regardant d'un air suppliant. C'était vraiment une jolie créature, avec son minois effilé comme celui d'un faune; l'on n'eût pas été surpris de le rencontrer un beau jour dans les bois, sous les apparences du dieu Pan, en train de jouer du pipeau.

- Tu vendras aussi, Mignon ! s'exclama Tabitha en fourrant la potée d'escargots dans les bras de Job; elle se baissa pour enlever les nœuds roses : elle n'emmènerait pas un chien si ridiculement attifé !

Elle enfonça les rubans tout au fond de sa poche.

- Et qu'arrivera-t-il si nous perdons le chien ? fit observer Job.

- Je suis sûre que rien ni personne ne se perd jamais dans la Vallée qui chante. Viens Job; dépêchons nous. Tu porteras les escargots.

Derrière l'église, un chemin creux, encaissé entre de hauts talus, conduisait à la campagne. Des branches chargées de fleurs roses le couvraient d'une voûte embaumée, et Tabitha s'y élança aussi prestement qu'un plongeur bondissant dans les flots.

- Mais cette route ne va nulle part, objecta Job, sinon à la vieille carrière abandonnée depuis plus de cent ans.

La petite fille ne répondit pas. Elle courait en avant avec Mignon; Job, chargé d'escargots et de rhumatismes, avait peine à les suivre.

Comme il l'avait dit, la route menait à une vieille carrière abandonnée, enfouie sous les chèvrefeuilles, les clématites, les sorbiers et les églantiers. Digitales et fraises des bois y croissaient en leur saison; ce lieu plein de suavité et de mystère était un vrai paradis pour les enfants. Jamais des grandes personnes n'en aurait découvert l'entrée, quand même elles se seraient avisées d'aller de ce côté et Job lui-même, arrivé au bout du chemin, ne vit d'autre issue qu'une haie d'aubépines à travers laquelle Tabitha et Mignon venaient de disparaître . Job hâta le pas et fourragea dans les aubépines avec le pot aux escargots.

A sa grande surprise elles s'écartèrent aussi doucement qu'un rideau de velours, découvrant un étroit chantier qui menait à une carrière profonde comme une coupe, toute bruissante d'une musique enchantée qui sourdait de ses vertes profondeurs  comme le son des cloches englouties sourd à travers l'océan.

Pendant un instant Job demeura au bord de la clairière, ensorcelé par le chant des oiseaux, le bruissement du ruisseau et une claire voix d'enfant qui chantonnait au loin. Ce n'était pas la voix de Tabitha, mais celle d'un jeune garçon qu'il lui semblait reconnaître. Tout doucement il avança, sans avoir conscience de marcher : il lui semblait s'enfoncer, sans bouger, jusqu'au cœur même de la paix.

Dans la clairière Job regarda autour de lui avec ravissement. Le sol disparaissait sous une mousse épaisse; un frais ruisseau murmurait sur les galets. 

Les aubépines étaient pleines d'oiseaux dont les chants, répercutés par les rochers, s'entrecroisaient pour former une sorte de voûte mélodieuse.

Job se détournait pour remonter le ruisseau, quand, à l'improviste, il se trouva en face de quelqu'un qu'il avait bien cru ne jamais revoir. C'était un garçon d'environ douze ans, assis, jambes croisées, sur une pierre moussue près du ruisseau, en train de sculpter un bout de bois avec son couteau et qui chantait tout en travaillant. Près de l'enfant croissait une aubépine sur laquelle était perché un gros merle, au bec jaune comme un crocus; le merle et l'enfant chantaient le même air, que Job reconnut pour celui que lui avait enseigné Tabitha : "Il fait des nuées son char de s'avance sur les ailes du vent." Le merle reprenait au refrain : " Loue le Seigneur, ô mon âme; loue le Seigneur ! "

L'enfant penchait la tête sur son ouvrage, de sorte qu'on ne voyait de lui qu'une

touffe de cheveux filasse, mais Job exactement quel était son visage. C'était une figure mince et hâlée avec une large bouche souriante, un vilain nez et des yeux bleus "étincelants, une figure qui eut été laide sans son expression de bienveillance et de bonne humeur. Le petit garçon était pieds nus et portait une jaquette de cuir râpée, à une mode oubliée depuis soixante-dix ans. Job savait ce qu'il sculptait, bien qu'il ne pût le voir : le bois contenait la forme d'un cygne et il s'efforçait de l'attirer dehors. Derrière l'enfant et l'aubépine, la carrière se dressait comme une falaise; le ruisseau jaillissaient d'une de ses fissures et tout à côté se trouvait une petite porte de cèdre juste assez grande pour un enfant. Elle était entrouverte, comme si quelqu'un venait précisément de s'y glisser sans prendre la peine de la refermer.

- Salut Job, dit Job

Le jeune garçon leva la tête, regarda le vieillard sans manifester de surprise et répondit en souriant :

- Salut, Job.

Il referma son couteau, le mit sans sa poche avec le morceau de bois et, se levant d'un bond, tendit la main gauche :

- Viens, dit-il, la porte est ouverte.

Le vieillard mit sa main droite dans celle de l'enfant et éclata de rire; il se sentait, comme soixante-dix ans auparavant, jeune, allègre et merveilleusement heureux. Tous deux franchirent la petite porte tandis que le merle chantait : " Loue le Seigneur !" La porte se referma et la clairière redevint la propriété du ruisseau et des oiseaux.

 

 

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