Blog sur la nature et ses merveilles
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"La vallée qui chante " écrit par Elisabeth Goudge n'est plus édité depuis longtemps. C'est un livre merveilleux qui parle des esprits de la nature.
Je vais vous faire découvrir cette belle histoire..
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Au XVIIIe siècle, dans la ville de Hard, la petite Tabitha Silver a découvert "la vallée qui chante" c'est à deux pas de la ville, un paradis terrestre souterrain, peuplé de créatures fabuleuses, auquel la simplicité de l'enfance peut seule donner accès.
Au début de ce récit féérique et fantastique, la consternation règne dans le petit port de Hard où l'on doit abandonner, faute de crédits, la construction d'un magnifique navire.
Finalement, grâce à l'intercession de Tabitha et de quelques artisans au cœur simple, le peuple de la vallée viendra au secours de la ville et fournira au chantier naval tous les matériaux dont il a besoin.
Un récit merveilleux où chacun retrouvera, le temps d'une lecture, son âme d'enfant.
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Début de l'histoire
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Tabitha venait d'être mise en pénitence, mais cela lui était complétement égal : elle en avait tellement l'habitude ! Elle avait aussi l'habitude des coups de règle que dame Threadgold distribuait libéralement à ses petites paumes, assez potelées pour en atténuer la douleur.
Tabitha avait dix ans; elle était petite et ronde, avec des boucles rousses, des yeux noirs, un menton volontaire et un nez criblé de taches de rousseur. Elle aurait eu la peau très blanche si elle avait été moins hâlée. En dépit de sa rotondité, elle était vive comme un feu follet, savait toujours ce qu'elle voulait et saisissait la première occasion de le faire, même si c'était une sottise.
En ce moment précis , Tabitha savait parfaitement ce qu'elle voulait : faire l'école buissonnière et courir jusqu'à la rivière , jusqu'au Yard où le nouveau navire avait été mis en chantier. Les enfants n'avaient pas le droit de pénétrer sur le chantier, mais de cela elle ne se souciait guère; elle ne se souciait de rien, sinon d'être enfermée alors qu'elle avait envie de s'ébattre en liberté.
Les autres écoliers étaient de train de psalmodier leur leçon; c'était quelques vers qu'il fallait apprendre par cœur, puis transcrire sur leurs cahiers. Leurs voix fraîches étaient joyeuses , car on était en avril; il y avait des flaques de soleil par terre, les soucis croissaient au bord de l'eau et les talus étaient tout fleuris de primevères. C'est à cause du soleil, et du bonheur qu'elle éprouvait toujours dans la vallée qui chante, que Tabitha était arrivée en retard à l'école et avait été mise en pénitence.
Mais cette punition lui semblait imméritée. Elle avait dansé au soleil dans la vallée et y avait cueilli un gros bouquet de primevères, qu'elle avait mis au frais, à la fontaine de de la rue du Bois, en attendant de les porter au Yard à son ami Job, C'était l'anniversaire de Job; trois jours auparavant ç'avait été celui de Tabitha, tous deux étaient nés en avril.
Les enfants continuaient à psalmodier leur petit poème :
Le Zodiaque
Bélier, Taureau, Gémeaux célestes,
Puis le Cancer et le Lion
Avec la Vierge et la Balance;
Scorpion, Sagittaire, Capricorne,
Et le Verseau et les Poissons
Debout dans son coin, Tabitha écoutait avec enchantement les vers de Mr Isaac Watts. Elle raffolait des étoiles, dont le pasteur Redfern lui avait depuis longtemps enseigné les noms. Elle aimait aussi le mot vigoureux de Zodiaque et savait qu'il désigne l'étendue du ciel que parcourent la Terre et la Lune ; mais elle connaissait, à propos des cieux, un poème qui lui plaisait davantage encore et elle se mis à le fredonner sur une petite mélodie qui lui était venue en tête dans la Vallée qui chante :
Il s'enveloppe de lumière comme d'un vêtement
Et il étend les cieux comme un pavillon.
Il forme avec les eaux le faîte de sa demeure,
Il prend les nuées pour son char,
Il s'avance sur les ailes du vent.
Les autres enfants eurent achevé avant elle et "les ailes du vent" résonnèrent avec fracas dans le silence. Dame Threadgold eut l'impression que le soleil et le vent tiède, parfumé de violettes, faisaient irruption par les fenêtres ouvertes; la douce voix était si claire qu'elle s'assit brusquement et agita la clochette posée sur son bureau :
- Enfants, dit-elle, vous avez dix minutes de récréation; tous excepté Tabitha.
Les écoliers la regardèrent, stupéfaits, car - ceci se passait il y a plus d'un siècle - Ils étaient élevés sévèrement et c'était la première fois qu'on leur accordait une récréation. Puis Jemima Crocker, l'aînée des enfants, ouvrit la lourde porte de chêne et tous se précipitèrent joyeusement dans la rue baignée de soleil.
- Viens ici, Tabitha, ma chérie, dit dame Threadgold.
Tabitha se planta devant elle sur ses petites jambes rebondies et la regarda affectueusement : elle avait le cœur tendre en dépit de sa turbulence, et trouvait que le sort de la maîtresse d'école est digne de pitié. Une maîtresse d'école ne peut rien faire du tout ! "Faire des choses" - que ce fussent des chansons où des bateaux, - voilà ce qui plaisait à Tabitha: elle se trouvait plus proche de ceux qui faisaient des choses" que des autres et ne les considérait pas tout à fait comme des grandes personnes. Ce doit être si affreux d'être une grande personne ! Elle sourit à dame Threadgold et celle-ci sourit en retour à la petite rebelle qu'elle avait eu l'intention de gronder. Elle était si charmante à regarder par ce beau jour d'avril ! Sans être jolie, Tabitha avait un rayonnant visage plein de malice. Mais qu'elle était peu soigneuse ! Il y avait de la mousse et des brindilles dans ses boucles ébouriffées, de la poussière sur son petit nez; son ruban vert était dénoué, le bas de sa robe sali et son tablier déchiré; ses chaussettes tirebouchonnaient et un peu de boue maculait ses brodequins. Cependant sa mère , Mrs Silver, était la personne la plus soignée de la terre, et dame Threadgold savait que chaque matin Tabitha quittait la maison avec des vêtements rapiécés, à la vérité (c'était inévitable), mais aussi pomponnée que peut l'être une petite fille.
Réprimant son sourire, elle se consacra à la gronderie :
- Tabitha, pourquoi arrives-tu toujours en retard avec des habits déchirés ? Où vas-tu en sortant de chez toi ?
Tabitha se mit à rire. Elle était effrontée comme un gamin des rues; son rire sonnait aussi clair qu'un ruisseau courant sur les galets; elle ouvrait la bouche beaucoup plus qu'il n'était nécessaire, mais dans ce rire résonnait une extraordinaire allégresse. Dame Threadgold eut peine à retenir un autre sourire et donna un coup de règle sur son bureau pour raffermir sa résolution.
- Où donc, Tabitha ? répéta-t-elle.
- Quelque part, répondit Tabitha.
Elle n'avait jamais parlé à personne de la Vallée qui chante. Ce n'était pas une enfant renfermée, mais il s'agissait là de son secret, qu'elle n'entendait partager avec personne.
- Ceci n'est pas une réponse, Tabitha.
- Je ne peux rien dire d'autre, madame, répondit poliment l'enfant; elle tendit la main, paume en dehors, offerte aux coups de règle.
Dame Threadgold regarda la petite patte sale et potelée, puis les yeux francs de l'enfant qui la dévisageait sans crainte ni défi, ouvrit son bureau et y rangea sa règle. La maîtresse comprenait que la petite fille avait répondu du mieux qu'elle pouvait, et savait, aussi clairement que si on le lui avait dit à l'oreille, que l'endroit où elle se rendait était un lieu de bénédiction.
- Mais tu ne dois pas y aller pendant les heures de classe, dit madame Threadgold. Et maintenant va t'asseoir, prends ton livre et apprends ta leçon comme les autres.
Tabitha alla à sa place, tout au bout du dernier rang, à côté de l'étagère à livres, mais elle ne prit pas le petit volume de poèmes, brun et usé, dans lequel les écoliers avaient coutume d'apprendre leurs leçons, car la plupart de ses vers se contentaient de boitiller cahin-caha; elle s'empara de la bible, dont les mots s'élèvent comme un chant d'alouette, l'ouvrit au hasard et poussa un soupir d'allégresse en constatant qu'elle tombée sur son psaume favori :
Il conduit les sources dans les torrents qui coulent entre les montagnes,
Elles abreuvent tous les animaux des champs,
Les ânes sauvages y étanchent leur soif
Les oiseaux du ciel habitent sur leurs bords
Et font résonner leur voix parmi les rameaux.
C'est là que les oiseaux font leurs nids;
La cigogne a sa demeure dans les cyprès;
Les montagnes élevées sont pour les boucs sauvages,
Les rochers servent de retraite aux lapins.
Vraiment il était impossible de rester une minute de plus dans l'école ! Tabitha entendait le bruissement des sources dans les collines et le chant des oiseaux dans les rameaux. Il lui fallait être dehors. Elle éclaterait si elle restait encore une seconde enfermée entre quatre murs. Que faire ? La fenêtre était ouverte derrière elle, mais dame Threadgold n'avait pas quitté son bureau. La chance favorisa la petite fille. Dame Threadgold, qui avait pris une broderie, s'aperçut qu'elle avait oublié au salon son écheveau de soie rouge.
- Je reviens dans une minute, Tabitha, dit-elle.
Cette minute suffit à Tabitha pour escalader la fenêtre, dégringoler dans le massif de violettes blanches, se ramasser, galoper à travers les choux du potager, franchir les murs du jardin et courir, leste comme le vent, dans la rue du Bois jusqu'à la fontaine où elle avait caché le bouquet de primevères.
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