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Blog sur la nature et ses merveilles

La Vallée qui chante - chapitre 10 -

"La vallée qui chante " écrit par Elisabeth Goudge n'est plus édité depuis longtemps. C'est un livre merveilleux qui parle des esprits de la nature.

Je vais vous faire découvrir cette belle histoire..

 

 

Au XVIIIe siècle,  dans la ville de Hard, la petite Tabitha Silver a découvert "la vallée qui chante" c'est à deux pas de la ville, un paradis terrestre souterrain, peuplé de créatures fabuleuses, auquel la simplicité de l'enfance peut seule donner accès.

Au début de ce récit féérique et fantastique, la consternation règne dans le petit port de Hard où l'on doit abandonner, faute de crédits, la construction d'un magnifique navire.

Finalement, grâce à l'intercession de Tabitha et de quelques artisans au cœur simple, le peuple de la vallée viendra au secours de la ville et fournira au chantier naval tous les matériaux dont il a besoin.

Un récit merveilleux où chacun retrouvera, le temps d'une lecture, son âme d'enfant.

 

Suite de l'histoire 

- Est-ce que nous ne comprendrons jamais ? demanda Tabitha

- Pas avec l'intelligence que vous avez à présent, répliqua Soisette avec un léger dédain. Plus tard, peut être, recevrez vous un esprit plus raffiné, mais je n'en suis pas certaine. Les Anges en savent plus long que moi à ce sujet.

- Il y a quelque chose que voudrais bien comprendre tout de suite, avec mon intelligence, reprit la petite fille. Dites moi : si un sanglier se promène dans la forêt et dévore le petit chêne avant qu'il ait achevé sa croissance, que se passe t-il alors ?

- Cette question n'est pas sotte, encore qu'un peu frivole, déclara le Pied- fourré. Il est inévitable que de temps à autre il arrive de ces incidents; il en est ainsi depuis le jour déplorable où le mal est entré dans le monde, quand tous les êtres ont commencé à se dévorer les uns les autres et que la crainte a fait son apparition sur la terre; la faute en est à Eve, qui mangea le fruit défendu. Supposons qu'une telle mésaventure arrive à notre chêne; en pareil cas Ding-Dong ne pourrait pas le terminer : l'alliage se briserait dans ses mains, et le gnome serait amèrement désappointé, comme tous les ouvriers qui doivent laisser leur ouvrage inachevé... Par exemple lorsqu'un navire mis en chantier doit être démoli...

- Oui, chuchota Job.

- Oui chuchota Tabitha 

- Mais il en recommence un autre, et cela le console, acheva Soisette.

- L'arbre inachevé est-il démoli ? s'enquit Tabitha.

- L'alliage est remis au creuset afin de pouvoir resservir.

- Mais range t-on d'abord les arbres inachevés dans une grotte, avec tous les autres, en réserve pour l'avenir ? s'écria Job; et Tabitha se demandait pourquoi il y avait dans sa voix ce frémissement de passion.

Soisette dut se poser la même question, car elle se leva d'un air contrarié et son en-tout-cas oscilla légèrement : 

- Il est grand temps que vous rentriez, répéta t-elle. Et soudain, changeant de ton : Arrêtez, mon petit ! Il ne vous ai pas permis de monter ! Il faut descendre pour rentrer chez vous. Descendre ! entendez-vous ? Voulez-vous vous arrêter !

Mais Job s'était élancé dans l'escalier qu'il escaladait quatre à quatre, sur les traces de l'Ange dont il avait entendu le rire.

- Voulez-vous vous arrêter tout de suite, méchant garnement ! cria Soisette horrifiée. Misérable petit mortel ! Gémissant comme une pitoyable chauve-souris, elle déploya son en-tout-cas pour voler dans l'escalier à la poursuite de Job; en un instant tous deux furent hors de vue.

Tabitha les suivit aussi vite qu'elle put, trébuchant sur sa robe, s'aidant des pieds et des mains, car les marches se faisaient de plus en plus hautes, jusqu'à ce qu'elle heurtât brusquement un objet qu'elle reconnut pour le sabot de Soisette.

Celle-ci planait dans l'espace; son en-tout-cas frémissait si rapidement qu'on le voyait à peine remuer, et ses petits poings se cramponnaient fermement à la jaquette de Job. Il est à croire que les Pieds-fourrés peuvent se faire à leur gré aussi lourds que du plomb : Job avait beau se débattre, il lui était impossible de faire un pas de plus.

- Lâchez moi, Soisette, lâchez moi ! criait-il avec colère.

- Rentrez chez vous !

- Rentrons, Job, supplia Tabitha tout essoufflée.

Tu ne peux pas continuer, c'est trop dur et trop haut. L'éclat de la lumière te réduirait en poudre. Viens Job, descends !

- Si seulement on me permettait de prendre ces arbres, suffoquait Job. Si seulement on me donnait ces arbres inachevés qu'on empile dans les grottes ! Lâchez-moi Soisette, je vous en supplie !

Tabitha remarqua que, malgré sa colère , il ne disait plus mes arbres, mon navire. Job était humble de cœur et ne se donnait jamais très longtemps des allures de propriétaire.

- Peut-être que si vous le lâchiez, il ne lui arriverait pas de mal, après tout, dit-elle à Soisette.

- Eh ! je me moque bien de ce qui peut lui arriver, grogna celle-ci. Ce n'est pas de lui que je m'inquiète, mais de la présomption qui le pousse à escalader les cieux, de son arrogance, de... de...

Elle s'étranglait d'indignation. Job, cessant de se débattre, tourna la tête vers elle et dit avec une douceur inattendue :

- Mais c'est ainsi que sont les hommes, Soisette, vous comprenez des masses de choses que je ne comprends pas, mais vous ne comprenez pas les hommes. Ils sont faits pour tenter d'escalader les cieux et c'est pourquoi les Anges les aiment. Savez-vous qu'elle était celui qui riait tout à l'heure ? C'était mon Ange gardien. Il riait de ma sottise, mais il a laissé la porte ouverte pour que je puisse grimper derrière lui. Et maintenant, voulez-vous me lâcher ?

- Lâchez-le, Soisette, supplia Tabitha.

- A votre guise, répondit celle-ci d'un ton irrité, mais ne vous en prenez pas à moi si vous ne revenez pas. Jamais plus je ne conduirai deux petits d'hommes à travers l'atelier; j'en ai fini avec eux ! Obstinés, bruyants, querelleurs, orgueilleux entre toutes les créatures ! Me voilà plus terne qu'un ver luisant éteint !

Lâchant brusquement Job, elle se laissa tomber sur l'escalier, déployant son en-tout-cas et se roula en boule.

- Oh Job, son étoile est éteinte ! sanglota Tabitha navrée. Elle leva les yeux et vit que Job avait disparu : elle se trouvait absolument seule, car à ses pieds ne subsistait qu'une balle de fourrure inerte. Tabitha éprouva un instant de frayeur, puis se rappela soudain  que son Ange devait se trouver tout près d'elle. Croisant les mains sur les genoux, elle s'installa patiemment pour attendre le retour de ses deux amis.

Plus Job grimpait, plus l'escalier se faisait sombre et froid. L'enfant frissonnait sous les bouffées du vent glacial qui tourbillonnait autour de lui; ses dents claquaient, ses mains engourdies avaient peine à se cramponner aux marches. Celles-ci étaient si raides qu'il pouvait difficilement s'y traîner à quatre pattes, et, dans l'obscurité croissante, Job cessa de les considérer comme des marches. C'était une montagne qu'il gravissait, une montagne de roc et de glace qui déchirait ses mains; ses pieds glacés brûlaient comme du feu... Et pourtant il ne cessait d'avancer.

La nuit s'était faite autour de lui. Le sang sifflait à ses oreilles et, dans l'air raréfié, chaque respiration lui coûtait un effort. Plusieurs fois Job se crut sur le point de mourir. Quel idiot il avait été de se lancer dans une telle aventure ! Ce serait si facile d'y renoncer, de redescendre, marche à marche, vers la lumière, jusqu'à ce qu'il se retrouvât dans la douce tiédeur et l'air embaumé de la Vallée. Pourtant, chaque fois que cette pensée se présentait à son esprit, Job se rappelait la clairière de la forêt et la grande faulx d'argent qui dans son imagination, s'était transformée en une épée dont la pointe s'appuyait sans pitié sur ses épaules. C'était bizarre... Son Ange gardien se trouvait bien loin au-dessus de lui et pourtant il était là aussi, le forçant d'avancer à la pointe de l'épée.

Le cerveau même de Job, s'était changé en un bloc de glace. Il oublia le navire, la Vallée et même sa propre souffrance; tout simplement il continuait à grimper, pendant un laps de temps qui lui parut durer des centaines de siècles... Il grimpait toujours, sans même s'en rendre compte : il escaladait le néant, Mais il l'escaladait tout de même.

Enfin, lentement et graduellement une petite lueur apparut au-dessus de lui. Job grimpait maintenant plus vite et plus facilement, attiré par elle comme par un aimant. Quand il l'eut atteinte, il vit que ce n'était pas une lumière, mais une porte de cristal hermétiquement fermée, qui rayonnait aussi doucement qu'un être vivant.

Avoir grimpé à cette altitude, à travers tant de souffrances et pendant tant de siècles, pour se trouver devant une porte à laquelle son humilité n'osait ni frapper ni même jeter un coup d'œil et qui restait obstinément fermée devant lui aurait dû lui remplir le cœur de chagrin. Cependant, contre toute attente, Job se sentit comblé d'une plénitude de joie. Car la porte ne ressemblait pas seulement à un être vivant; elle en était un : elle vivait et l'éclat de son amour réchauffait l'âme de Job.

 

 

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