Blog sur la nature et ses merveilles
/image%2F0652568%2F20250724%2Fob_fe9b1e_a57337262c9e6d56f2d8d36d1a5945fb.jpg)
"La vallée qui chante " écrit par Elisabeth Goudge n'est plus édité depuis longtemps. C'est un livre merveilleux qui parle des esprits de la nature.
Je vais vous faire découvrir cette belle histoire..
/image%2F0652568%2F20250724%2Fob_ccf6e8_fea76f69f888559d4be66841cd48347a.jpg)
Au XVIIIe siècle, dans la ville de Hard, la petite Tabitha Silver a découvert "la vallée qui chante" c'est à deux pas de la ville, un paradis terrestre souterrain, peuplé de créatures fabuleuses, auquel la simplicité de l'enfance peut seule donner accès.
Au début de ce récit féérique et fantastique, la consternation règne dans le petit port de Hard où l'on doit abandonner, faute de crédits, la construction d'un magnifique navire.
Finalement, grâce à l'intercession de Tabitha et de quelques artisans au cœur simple, le peuple de la vallée viendra au secours de la ville et fournira au chantier naval tous les matériaux dont il a besoin.
Un récit merveilleux où chacun retrouvera, le temps d'une lecture, son âme d'enfant.
/image%2F0652568%2F20250806%2Fob_543cdb_f11177501bddffaf9b246640c2f20c4e.jpg)
Suite de l'histoire
/image%2F0652568%2F20250830%2Fob_e55b88_b68904666055fb0331c9a40ef61cbdca.jpg)
- Il nous a semblé aussi que nous entendions chanter, ajouta la petite fille.
- C'est probable, en effet; les Anges aiment chanter, nous aussi d'ailleurs, mais personne ne chante aussi bien qu'eux.
- Et nous avons trouvé dans la forêt une grande faulx d'argent.
- Ce n'est pas étonnant; beaucoup d'entre eux ont des faulx; ils ont tant d'ivraie à faucher ! D'autres ont des épées, car il leur faut souvent livrer combat.
- Leur arrive-t-il aussi d'aller raviver leur éclat ?
- Ce n'est pas nécessaire, car ils ne le laissent jamais faiblir.
La grotte s'illumina soudain autour des enfants comme si une main invisible avait tourné un commutateur électrique; en regardant autour d'eux, ils aperçurent Soisette ruisselante de lumière. Chaque poil de sa fourrure rayonnait, et l'étoile de son front étincelait deux fois plus qu'auparavant. Soisette elle-même émergea de son en-tout-cas, vive comme un feu follet, toute épanouie en sourires, sans la moindre trace d'irritation.
- Me voilà de retour, telle fut sa remarque superflue. Avez-vous encore d'autres questions à me poser ?
- D'où vient le vent qui souffle là-haut ? demanda promptement Tabitha, elle craignait que Soisette s'éteignit de nouveau et avait hâte de profiter de ses bonnes dispositions pour liquider les questions qui lui venaient à l'esprit.
Le Pied-fourré répondit avec douceur et respect :
- C'est le souffle de Vie qui émane de la Réalité suprême.
- Voyez-vous, intervint Ding-Dong, qui avait repris son travail et se trouvait maintenant arrivé à leur niveau, nous aimons la variété, chez nous, il ne nous arrive jamais de faire deux arbres ou deux fleurs exactement semblables, et la Vie pénètre d'une manière différente dans chacune des créatures différentes que nous avons modelées. Les alliages précieux dont nous faisons les arbres viennent de la forge de Vulcain, mais la vie ne leur a pas encore été insufflée; quand nos arbres atteignent la voûte, le vent passe sur eux et les éveille à l'existence.
/image%2F0652568%2F20250830%2Fob_bfcda4_f4a538cbb37a9745e418a5d5a055d880.jpg)
Sa voix arrivant aux enfants d'une manière indistincte, car il se trouvait maintenant bien plus haut que leurs têtes et il se penchait, de temps à autre pour prendre une nouvelle provision de métal. Soudain Job s'élança au milieu des Gnomes, serrant les arbres dans ses bras les uns après les autres. Tabitha regardait avec ébahissement ses yeux luisants et son visage cramoisi et elle commençait à se demander s'il avait perdu la tête, lorsqu'il se retourna pour l'appeler :
- Viens ici, Tabitha, viens voir !
La petite fille accourut et dit :
- Pose ta main sur les troncs; tu sentiras la différence entre ceux qui sont achevés et ceux qui ont déjà obtenu le souffle de vie. Tiens ! sens-tu la montée de la sève ?
La petite fille appuya ses deux mains sur le tronc d'un pin magnifique qui s'élevait très haut dans les airs, mais n'avait pas encore tout à fait atteint la voûte de feuillages. Son écorce resplendissait et elle en sentit sous les doigts le toucher rugueux, mais dur et glacé; le feu qui avait liquéfié le précieux alliage s'était éteint et l'arbre n'avait pas encore pris vie. Elle posa sa joue sur le tronc mort et en éprouva le froid; le cœur lourd, elle dit tristement à Job, comme elle l'avait fait la veille sur le pont du bateau inachevé :
- Il est mort !
/image%2F0652568%2F20250830%2Fob_581d8d_235d16632965a99cc74ea72b5a816b5c.jpg)
Soudain, un subtil changement se produisit. Tabitha sentit sous ses doigts le frémissement léger qu'elle avait senti sur le navire; l'arbre tressaillit une fois, puis une autre, et le triste cœur de l'enfant bondit de joie. Sous sa joue, le tronc devint tiède; le visage de la petite fille s'illumina : Elle regarda l'écorce et la vie s'illuminer à son tout. Dans sa joie Tabitha se mit à fredonner tout doucement, car l'arbre qui était mort s'éveillait à la vie : " Les arbres du Seigneur ruissellent de sève... chantait Tabitha; louez le Seigneur ! "
Tabitha sentit qu'on la tirait par sa robe; elle baissa les yeux et reconnut Soisette.
- Allons, venez ! cela suffit ! dit celle-ci avec une nuance de sévérité. On ne peut pas toujours se réchauffer à la beauté créée par autrui; cela ne se fait pas. C'est vous qui devriez être en train de créer quelque chose. Il est grand temps de rentrer chez vous. Eh bien, venez, venez vite !
Le Pied-fourré détacha Tabitha de son arbre comme on détache un coquillage de son rocher, et la planta là pendant qu'il trottait chercher Job. Il eut beaucoup plus de mal avec celui-ci, qui avait découvert un groupe de chênes splendides et en été tombé aussi amoureux qu'un chevalier de sa dame.
- Je ne peux pas les quitter, dit brusquement le petit garçon à Soisette qui avait saisi sa jaquette et la tirait pour l'entraîner. Je vous dis que je ne les quitterai pas ! Ce sont mes chênes. Il me les faut. J'en ai besoin pour construire mon navire.
- Vos chênes ! en vérité ! s'écria Soisette indignée en redoublant d'efforts et en lui donnant des coups de sabot. Et qui êtes-vous pour posséder ces chênes misérable petite vermine ? Ô Seigneur ! que ces humains sont bêtes ! votre navire ! bientôt c'est la terre entière que vous allez revendiquer !
/image%2F0652568%2F20250902%2Fob_f076ea_216828548ce18b544ac9335a91ac9e53.jpg)
D'une dernière secousse Soisette arracha Job à ses arbres et le traîna de force jusqu'à le porte. A la stupéfaction de Tabitha, ce fut la grande porte qui s'ouvrit, comme si quelqu'un était aux aguets derrière elle, de même que pour la première fois la petite porte s'était ouverte devant la fillette. Un rire éclatant retentit à l'improviste imprimant dans le cœur des enfants à la fois crainte et respect; mais quand ils furent sur le seuil, ils ne virent personne. L'écho du rire se perdait dans les profondeurs du ciel.
- Au lieu de bayer aux corneilles, vous feriez mieux de m'aider à refermer la porte ! observa Soisette. Mais elle parlait avec douceur, car son étoile était encore dans son premier éclat et il n'y avait dans son cœur aucune trace d'irritation.
- Pourquoi riait-on ? demanda Job, en aidant Tabitha et Soisette à repousser le lourd battant.
- N'y a t-il pas de quoi faire rire les Anges, chaque fois que vous autres mortels ose dire "mon" ou "mien" ? Un ange ne se le permettrait pas en parlant de sa propre trompette, ni même en parlant de lui. Ils ne disent autre chose que ceci : " Il a fait des esprits Ses Anges , et des flammes de feu Ses messagers."
- Soisette ! s'écria passionnément Job, comment les arbres sortent-ils de la Vallée ?
- Plaît-il ? répondit évasivement le Pied-fourré. Il est grand temps que vous retourniez chez vous.
- Pas encore, insista Job. Comment les arbres sortent-ils de la Vallée ? et les fleurs ? jamais on n'a vu personne s'éveiller un beau matin pour trouver un bois de hêtres plein de jacinthes tout frais poussé sous sa fenêtre, à l'endroit où la veille il y avait un carré de choux.
- Ces choses ne sont pas accessibles à l'intelligence limitée des humains, riposta Soisette.
- Essayez ! supplia Job avec une passion si vive qu'elle confinait à la colère.
Soisette se laissa tomber sur une marche, se gratta l'oreille et se mit en devoir d'essayer.
/image%2F0652568%2F20250902%2Fob_a219e9_b4f739688c93629c925572440d8f25ce.jpg)
- Prenons pour exemple un de vos précieux chênes, commença t-elle d'un ton sardonique, et supposons que Ding-Dong soit en train de le modeler. Au moment où le Gnome sort de la grotte sa première brouettée de métal, un gland commence à croître sur un chêne de la forêt. Plus l'arbre s'élève chez les Gnomes, plus le gland grossit sur le chêne; il tombe sur le sol au moment même où, dans l'atelier, l'arbre atteint la voûte du feuillage; et quand notre chêne sent la montée de la sève, une petite larve blanche sort du gland et pousse à travers la bonne terre... Alors l'arbre disparaît de notre atelier. Quand on a besoin, dans ce monde, de nouveaux oiseaux, ceux de chez nous s'envolent; quand un bébé naît chez vous, un enfant nous quitte par la porte de cèdre; mais quand les arbres et les fleurs sortent de la Vallée, ils cessent tout simplement d'y être. Mes yeux peuvent les suivre, mais non pas les vôtres. Je sais comment ces choses se passent, mais je ne pourrais vous le faire comprendre, quand même j'essayerais pendant cent ans !
/image%2F0652568%2F20250724%2Fob_b1b04c_assk86paln-ohr6dj56xp2pub-g-250x354.jpg)
A Suivre