Blog sur la nature et ses merveilles
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"La vallée qui chante " écrit par Elisabeth Goudge n'est plus édité depuis longtemps. C'est un livre merveilleux qui parle des esprits de la nature.
Je vais vous faire découvrir cette belle histoire..
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Au XVIIIe siècle, dans la ville de Hard, la petite Tabitha Silver a découvert "la vallée qui chante" c'est à deux pas de la ville, un paradis terrestre souterrain, peuplé de créatures fabuleuses, auquel la simplicité de l'enfance peut seule donner accès.
Au début de ce récit féérique et fantastique, la consternation règne dans le petit port de Hard où l'on doit abandonner, faute de crédits, la construction d'un magnifique navire.
Finalement, grâce à l'intercession de Tabitha et de quelques artisans au cœur simple, le peuple de la vallée viendra au secours de la ville et fournira au chantier naval tous les matériaux dont il a besoin.
Un récit merveilleux où chacun retrouvera, le temps d'une lecture, son âme d'enfant.
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Suite de l'histoire
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Inimaginable est le tapage qui résonnait dans l'atelier des Gnomes; on n'entendait que babil, chansons, joyeux sifflets, piétinements et grincements de roues.
- Les gnomes font plus de bruit à eux seuls que tout le reste du petit peuple, cria Soisette à pleine voix pour dominer le tumulte; elle effleura du doigt la petite porte, qui s'ouvrit immédiatement. Les enfants s'y glissèrent à plat ventre, puis se redressèrent. Tabitha demeura clouée sur place par l'étonnement, mais Job s'élança en avant avec un cri de triomphe : car c'est là qu'étaient créés les arbres, les arbres magnifiques qui resplendissaient dans ses rêves et à qui il devait son métier, son gagne-pain, sa raison de vivre et sa joie.
Le nouvel atelier était immense, mais entièrement différent du précédent. Ses murs était de roc brut veiné de quartz, et bordés de mousse fraîche où poussaient de gros champignons jaunes et rouges. Les vers luisants étaient relégués sur ses bords; mais, quand ses yeux se furent accoutumés à la pénombre. Tabitha distingua bien haut au dessus d'elle des voûtes faites d'amples masses de feuillages qui bruissaient au souffle du vent. De temps à autre elles se tordaient en frémissant, pareilles à des rameaux secoués par la tempête, et un éclair aveuglant brillait dans leurs profondeurs.
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Les petites grottes qui communiquaient avec l'atelier central n'étaient pas illuminées, mais faiblement éclairées comme par le reflet d'un feu; au lieu de ranger leur matériaux dans la caverne centrale, les gnomes les empilaient dans des grottes adjacentes où ils allaient les chercher par pleines brouettées, au fur et à mesure des besoins.
Job, criant de joie, se tenait debout au milieu des gnomes qui riaient, chantaient et sifflaient autour de lui. Il les regardait bâtir un arbre petit à petit, comme un charpentier bâtit son navire planche par planche, un maçon sa cathédrale pierre par pierre, en l'élevant lentement et patiemment depuis le sol jusque dans les airs. Les brouettes, qui roulaient avec une incroyable célérité, étaient remplies d'un alliage de métaux liquide et fumant; il paraissait fait d'or, de cuivre, d'outremer et d'émeraude. Cet alliage était porté au centre de la caverne et refroidi par le vent qui soufflait à travers la voûte de feuillages; il se solidifiait alors de telle sorte que les Gnomes pouvaient le prendre à poignées et le manier à coups de truelle. C'était fascinant de voir leurs vilaines petites mains brunes pétrir la pâte comme le potier pétrit l'argile et la modeler avec une dextérité parfaite, assortissant adroitement les teintes pour obtenir des hêtres et des pins, des chênes et des ormes, des cyprès, des églantiers, des peupliers, et toutes les espèces d'arbres qui existent sur terre.
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Au fur et à mesure que s'élevaient les troncs, les gnomes ouvraient leurs comiques petites ailes pour s'élever en même temps qu'eux; parfois ils se laissaient tomber comme une pierre, ainsi qu'un faucon, pour se saisir d'une nouvelle poignée d'alliage, puis ils remontaient d'un preste coup d'aile, légers comme l'alouette. Quand l'arbre atteignait le niveau des voûtes de feuillages, ils disparaissait à la vue et l'on voyait briller le terrifiant éclair.
Les gnomes furent enchantés de voir les deux petits.
- Des enfants crièrent ils de leurs voix rauques et profondes. Un garçon, une fille ! Job et Tabitha !
Ils se mirent à siffler et à ricaner comme des gamins des rues; une troupe d'entre eux s'assembla en riant autour de Tabitha, tandis que les autres chantonnaient en se pressant autour de Job :
- Job sait fabriquer des choses avec nos arbres ! Job est un sculpteur. Job aime le bois. Job, Job, Job !
C'était à qui lui tirerait les oreilles ou lui donnerait une amicale bourrade, mais tout cela avec de bons rires et sans l'ombre de malice.
- Ils sont grotesques, constata Soisette d'un ton affable. Je me demande pourquoi. Les arbres n'ont rien de grotesque.
Tabitha n'en était pas si sûre. Elle se rappelait certains arbres de sa connaissance, à qui elle trouvait un air malicieux : de vieux petits arbres rabougris qui se balançaient dans le vent, tout pareils aux gnomes qui, les mains sur les hanches, riaient à perdre haleine; ou encore les pommiers croulant sous les fruits et les sourires, des saules qui parfois pleuraient et parfois riaient de joie; ne sait-on pas qu'au printemps tous les arbres poussent leurs feuilles comme un enfant pousse un éclat de rire ?
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D'ailleurs les gnomes n'étaient pas seulement des grotesques; à les bien regarder, on découvrait que, tout comme les arbres , ils possédaient dignité, grâce et beauté.Tandis qu'ils modelaient leur œuvre, leurs visages ridés étaient calmes et recueillis comme celui d'un vieillard en prière; leur vol d'oiseau avec une grâce qu'on n'eût pas attendue de leurs corps difformes et, quand ils regardaient en face, leurs yeux avaient la beauté sombre d'un lac de montagne. Tous étaient replets, avec de courtes jambes arquées, de longs bras terminés par des mains hâlées; leur barbes ressemblaient aux touffes de lichen qui croissent sur les chênes. Ils portaient de gros sabots, des jaquettes de cuir couleur d'argile et des bonnets rouges comme des baies de houx et si brillants qu'ils n'avaient pas besoin d'étoiles, comme les autres gens du Petit peuple.
- Quel tapage ! soupira Soisette. Il y a de quoi vous rendre sourd. Par des lapins et des loirs cela me donne envie de dormir !
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Elle s'assit sur une pierre moussue, éternua bruyamment, déploya son en-tout-cas et s'en enveloppa tout entière; on n'apercevait plus qu'une touffe de fourrure à travers laquelle étincelait l'étoile de son front. Encore un usage de l'en-tout-cas ! Il devenait un châle après avoir été une aile, une queue et un moyen d'exhaler son courroux. Ainsi roulée en boule, Soisette ressemblait à une touffe duveteuse de pissenlit, si bien retirée en elle-même qu'il était impossible de la questionner davantage.
- Auriez-vous la gentillesse de m'expliquer... commença Tabitha, s'adressant à un petit gnome qui venait de renverser à ses pieds une brouettée d'alliage couleur d'argent.
- Attendez une minute, mon enfant, répondit-il de sa voix grave. Laissez moi mettre en train ce bouleau argenté, ensuite je pourrai me reposer un instant et répondre à vos questions.
Une fois passée la première agitation qu'avait causée cette visite inattendue, tous les gnomes s'étaient remis au travail; Job et Tabitha s'assirent près de celui qui modelait le tronc délicat du bouleau. Ses prestes mains brunes étaient si agiles qu'en un clin d'œil le tronc avait atteint une hauteur de plus d'un mètre; le gnome s'assit au sommet de leur adressa un clin d'œil.
- Je m'appelle Ding-Dong, leur dit-il. C'est un drôle de nom, je l'avoue, mais on me l'a donné parce que c'est toujours moi qui sonne la cloche pour annoncer la nouvelle lune.
- Pourquoi, s'il vous plaît ? s'enquit la petite fille.
- Pour avertir tout le monde d'avoir à changer d'ouvrage. A chaque nouvelle lune, tous les Pieds-fourrés, les Fragrances, Les Ménestrels, les Gnomes et les Néréides quittent leurs ateliers pour aller à travers le monde, prendre soin de tout ce qu'ils ont crée; tandis que ceux qui étaient au dehors rentrent à l'atelier pour travailler à leur tour. Cela met un peu de variété dans notre tâche.
- Alors ce n'est pas toujours le même Ange qui prend soin de moi, soupira Tabitha avec une pointe de mélancolie; il aurait été si doux de penser que, du berceau à la tombe, on peut se reposer dans la même tendresse !
- Oh mais si ! répondit promptement Ding-Dong. Les Anges seuls sont capables de faire plusieurs choses à la fois. Ils ne dépendent pas du temps,
- ni du nôtre, ni du vôtre.
- Vous arrive t-il quelquefois de dormir Monsieur ? demanda Job
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- Pas de la même façon que vous. Nous ne divisons pas le temps entre le jour et la nuit, le travail et le jeu, les repas et le sommeil. Notre temps est différent du vôtre ; il se déroule d'une lunaison à l'autre, et notre œuvre n'est pour nous ni travail, ni jeu, mais vie tout simplement. Nous ne dormons pas non plus à votre manière; quand nous nous sentons las, nous nous dépouillons de notre corps et nous pénétrons jusqu'au cœur de la suprême réalité pour raviver notre lumière à Sa lumière. Nous en revenons entièrement renouvelés. C'est là qu'est allée Soisette.
Job et Tabitha tressaillirent et regardèrent Soisette. Sa fourrure ressemblait plus que jamais à un duvet géant de pissenlit, mais aucune étoile ne rayonnait plus à son front.
- Oh ! si seulement je pouvais en faire autant s'écria Job avec angoisse.
Il se sentait si las dans la vie ordinaire ! Que ce serait merveilleux de dépouiller son vieux corps et de revenir avec un éclat ranimé et un être entièrement renouvelé !
- Cela viendra, assura Ding-Dong d'un ton réconfortant.
- Est-ce qu'il viendra aussi un moment où je posséderai un en-tout-cas ? s'exclama Tabitha avec vivacité.
- Pourquoi pas ? répliqua évasivement le Gnome.
Dans une fissure de rocher étincelait une ravissante cloche d'argent, presque aussi grosse que lui, éclairée par une troupe de vers luisants.
- Mais comment savez-vous que la lune est nouvelle ? demanda Tabitha. Ici au fond de la caverne, vous ne pouvez pas la voir se lever ?
- Là-haut, dans la montagne, les Anges l'aperçoivent et l'un d'eux se place sur le plus haut sommet pour sonner de la trompette. Quand je l'entends, je sonne la cloche; dans l'atelier au-dessous, une des Fragrances, celle qui crée les clochettes des campanules m'entend et sonne à son tour; puis l'un des Néréides, un triton l'ayant entendue, souffle dans sa conque et nous sommes tous avertis qu'il est temps de changer de tâche. Quand vous serez retournés dans votre monde, prêtez l'oreille par les nuits de nouvelle lune: peut-être entendrez-vous la trompette, les cloches et la conque. Je ne vous garantis rien, mais enfin cela se pourrait.
- Lorsque nous étions dans le bois, dit Job vivement et avec un grand respect, nous avons entendu la trompette d'argent. Mais le son venait de très loin.
- Cela n'a rien d'impossible, répliqua le Gnome. Les Anges se plaisent à sonner la trompette. Dés qu'ils ont une occasion de joie, quand l'un de ces pauvres idiots d'humains se repend de ses péchés, ou bien quand un enfant est né, ils s'empressent d'en jouer. Mais la trompette des jours de lunaison est bien différente. Celle du jugement dernier aussi sera tout autre : il n'y a pas à s'y tromper, vous verrez bien !
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