Blog sur la nature et ses merveilles
/image%2F0652568%2F20250724%2Fob_fe9b1e_a57337262c9e6d56f2d8d36d1a5945fb.jpg)
"La vallée qui chante " écrit par Elisabeth Goudge n'est plus édité depuis longtemps. C'est un livre merveilleux qui parle des esprits de la nature.
Je vais vous faire découvrir cette belle histoire..
/image%2F0652568%2F20250724%2Fob_ccf6e8_fea76f69f888559d4be66841cd48347a.jpg)
Au XVIIIe siècle, dans la ville de Hard, la petite Tabitha Silver a découvert "la vallée qui chante" c'est à deux pas de la ville, un paradis terrestre souterrain, peuplé de créatures fabuleuses, auquel la simplicité de l'enfance peut seule donner accès.
Au début de ce récit féérique et fantastique, la consternation règne dans le petit port de Hard où l'on doit abandonner, faute de crédits, la construction d'un magnifique navire.
Finalement, grâce à l'intercession de Tabitha et de quelques artisans au cœur simple, le peuple de la vallée viendra au secours de la ville et fournira au chantier naval tous les matériaux dont il a besoin.
Un récit merveilleux où chacun retrouvera, le temps d'une lecture, son âme d'enfant.
/image%2F0652568%2F20250806%2Fob_543cdb_f11177501bddffaf9b246640c2f20c4e.jpg)
Suite de l'histoire
/image%2F0652568%2F20250906%2Fob_31afae_2c33d70faf170953e82c501e696b0083.jpg)
Il s'affaissa sur le sol comme un petit chien vient se blottir sur la pierre du foyer, et se laissa pénétrer de chaleur et de lumière jusqu'à ce que toutes ses souffrances fussent oubliées. Et pourtant il ne s'agissait que d'une porte. Que dire du royaume auquel une telle porte donne accès ? Job l'ignorait; mais il avait repris ses esprits et sa tentative ne lui semblait plus du tout absurde. Pourquoi serait-il absurde de venir de si loin demander du bois pour son navire ? Construire un navire est une tâche magnifique. Un navire ou un monde, une cathédrale ou un nid de rouge-gorge, c'est tout un : ces choses se valent si elles sont belles et chacune d'elles est en soi un univers parfait.
Job se mit à s'entretenir avec son Ange, sans paroles et presque sans pensées, simplement en suivant le rythme d'une sorte de mélodie intérieure." Je t'en supplie, ô mon Ange, accorde au Hard le bois nécessaire au navire. Il a déjà reçu la Vie. Une petite fille l'a tellement aimé qu'il s'est éveillé à l'existence. Les humains connaissent l'amour et la vie; ils savent que la vie nait de l'amour. Les animaux l'ignorent; les hommes le savent. Capables de haïr comme des démons, ils sont capables aussi d'aimer à l'égal des Anges; c'est pourquoi ils ont du prix aux yeux de Dieu. Je t'en supplie ô mon Ange, accorde nous le bois dont nous avons besoin. Il serait trop cruel que l'amour et la vie existent seuls et que l'univers fasse défaut. Chaque fois que s'ouvre la porte de cèdre et qu'un enfant naît dans le monde, les Anges exultent et sonnent de la trompette; et nous, au Hard, nous chantons de joie chaque fois qu'un navire admirable prend la mer, déployant ses voiles comme des ailes. Tu le sais, ô mon Ange et je me demande à quoi bon me le répéter; mais, je t'en supplie, accorde nous le bois nécessaire au navire."
/image%2F0652568%2F20250909%2Fob_345334_9dd1a9c66d07fad9bbed66de1679b6bd.jpg)
Job demeura où il était, pelotonné sur le seuil, baigné de chaleur et de lumière; il lui semblait que cette lumière n'émanait plus de la porte, mais d'une flamme d'allégresse suscitée par ce chant silencieux, de même que l'éclat dont resplendissait Soisette à son retour émanait de l'intérieur de son être. Bien qu'il n'eût pas même osé lever les yeux vers la porte, il avait l'intuition que sa prière l'avait traversé pour revenir à lui, chargée d'un joyeux exaucement.
- Merci, dit-il sans même savoir quel serait cet exaucement; et il se releva apaisé. Il n'avait nul envie de s'éloigner, mais sentait qu'on venait de le congédier tacitement.
- Merci, répéta t-il avec gratitude, comme un hôte prend congé en quittant la tiède maison bien éclairée qui l'a recueilli dans la nuit.
Son voyage de retour fut moins pénible que celui d'aller; il lui parut beaucoup plus court, car le rire ineffable l'accompagna tout le long du chemin. Tandis qu'il allait de marche en marche, il lui semblait descendre non pas une montagne, mais un mât immense qui s'élevait depuis le terrestre navire jusqu'aux étoiles. Un navire ! Job eut un rire de bonheur. Il savait maintenant quelle sorte d'exaucement lui avait été accordé au seuil de la porte de cristal : le Hard recevrait le bois nécessaire à la construction du navire.
/image%2F0652568%2F20250909%2Fob_d97146_535e09f2982467de7cd46f911a95a72c.jpg)
Tabitha avait à peine le temps de sentir sa solitude avant que Soisette reprît son éclat et que Job l'eût rejointe. Tous deux se retrouvèrent auprès d'elle, Soisette ébouriffant gaîment sa fourrure. Job souriant et apaisé.
- Tu n'es donc pas allé là-bas, tout compte fait? demanda la petite fille à son ami.
- Je suis allé et revenu, répondit celui-ci. J'ai grimpé pendant des centaines de kilomètres et mon voyage a duré des siècles.
- Il n'y a pas cinq minutes que tu m'as quittée !
- Naturellement, expliqua Soisette. Cela n'existe pas ici.
-Quoi donc ?
- Les minutes, sur l'escalier le temps n'existe pas.
- Oh répliqua Tabitha sans insister davantage; c'était, elle en avait l'intuition, une des choses que Soisette ne pouvait lui faire comprendre. Elle ne demanda pas non plus à Job quelle avait été sa vision, devinant qu'il lui serait impossible de la lui communiquer.
- Allons, il faut rentrer, dit Soisette sans colère, mais avec une douce fermeté. Passez par la porte des animaux si le cœur vous en dit; c'est plus court. Je vous montrerai le chemin : venez avec moi.
Déployant son en-tout-cas, elle descendit en vol plané et les enfants suivirent tout le long de l'interminable volée de marches, passé la porte de pin, passé la porte de bouleau et plus bas encore. Tabitha commençait à croire qu'ils allaient arriver chez les Néréides, lorsque subitement Soisette fait halte auprès d'une petite arche voûtée. Aucune porte ne la fermait, mais un simple rideau de fraîches fougères.
/image%2F0652568%2F20250909%2Fob_53b959_0074dc5c9f9caae498862492a9b44cea.jpg)
- Traversez ce voile, et bonne chance. Au revoir, leur dit Soisette en érigeant son en-tout-cas.
- Soisette, Soisette, ne nous quittez pas ! s'écria Tabitha désolée.
- Je dois retourner au travail, répondit celle-ci en se perdant aux profondeurs de l'escalier.
- Est-ce que nous vous reverrons ? s'écria Job à son tour.
- Peut-être.
- Mais quand ?
- Je l'ignore, répondit au loin la voix de leur amie.
Les enfants se regardèrent; des larmes montèrent aux yeux de Tabitha, car elle s'était prise d'affection pour le Pied-fourré, malgré le caractère irritable qu'il déployait chaque fois que son éclat faiblissait.
- Soisette était si jolie ! soupira la petite fille. Je ne pourrai pas supporter de ne plus jamais voir resplendir son en-tout-cas !
- Nous ne pouvons rien garder en ce monde, Tabitha expliqua Job. Ni les choses, ni les êtres. Il nous faut passer outre.
- Mais nous ne sommes pas dans le monde ! protesta la fillette; nous sommes sans l'Atelier !
- C'est vrai, dit joyeusement Job, je l'avais oublié ! Rien ici ne change ni ne meurt; par conséquent tout nous y est conservé. Allons viens !
Il traversa délibérément le rideau de fougères et Tabitha le suivit. Les enfants débouchèrent dans une galerie semblable à celle qu'ils avaient déjà suivie, mais plus étroite et plus basse ; leurs têtes en atteignaient presque le sommet de leurs épaules en frôlant les murs.
- On dirait un terrier de lapin ! remarqua Tabitha.
- Ce doit en être un.
- Il est trop grand ! un lapin qui habiterait ce terrier serait presque de notre taille.
Son cœur se serra, car un lapin aussi grand qu'elle ne serait pas une créature de tout repos. De plus le tunnel lui semblait plutôt sombre, n'étant pas éclairé par les vers luisants auxquels elle s'était accoutumée.
- C'est bien un terrier, insista Job, c'est même une garenne. Regarde toutes les galeries qui débouchent dans celles-ci !
/image%2F0652568%2F20250724%2Fob_b1b04c_assk86paln-ohr6dj56xp2pub-g-250x354.jpg)
A Suivre