Il y a un cottonwood majestueux au bord de la route que je prends pour aller au centre-ville ; à chaque passage, il accroche mon regard d’abord par sa forme à la fois puissante et élégante, majestueuse et douce en même temps, puis par sa couleur d’or qui se détache sur le ciel bleu roi si typique de Santa Fe, un bleu qui tire sur le pourpre avec une densité que seul l’air de la montagne à deux mille mètres sans pollution peut offrir ; de tous les lieux de la Terre que j’ai visités, je n’ai pas vu un seul autre endroit qui offre un ciel pareil.
L’or s’étale sur le bleu, un léger frémissement de feuilles légères et mouvantes. Tout est là, rien à imaginer de plus : la perfection de la beauté. Y rentrer, et se laisser pénétrer ; se taire et ne plus entendre de discours, être avec cet arbre, tout simplement ; plus de description, juste de l’appréciation, un silence de bonheur total ; le temps n’existe plus.
Autrefois, je l’aurais peut-être entendu me parler, se lancer dans une conversation, prise dans la compréhension que j’avais alors de la communication chamanique. Maintenant, seul le silence existe, au-delà de tout mot, de tout message, de tout enseignement ; car lentement je deviens lui, je réalise que je suis cet arbre, que je suis cet or qui frémit dans le soleil automnal ; je suis riche à jamais de cet or qui va disparaître dans quelques jours, personne ne peut m’arracher cette abondance extrême qui déborde dans des larmes si douces.
Le monde s’arrête comme dit Castaneda, les apparences tombent comme ces feuilles pour laisser briller l’essence ; l’essence de l’arbre, l’essence de l’espèce, l’essence du végétal, l’essence des saisons qui passent et se renouvellent, l’essence du temps qui devient alors éternel. Je suis cela ; je suis cela, et résonne à mes oreilles la prière de la Voie bénite de la Beauté : Je marche dans la Beauté, Devant moi, la Beauté, derrière moi, au-dessus de moi, sous mes pas.
Source : www.INREES.com