• La nouvelle communion avec la terre

    La nouvelle communion avec la terre

    Il arriva qu'un soir César et Jacques se retrouvèrent assis côte à côte
    sous la tonnelle de la maison du vieil homme. Oh bon sang, comme
    le silence devient bavard quand le regard nonchalant caresse la
    campagne alentour, baignée d'une lumière laiteuse offrant aux choses
    de fugaces exhibitions.

    Jacques fut soudain interpellé par une vieille brouette dans laquelle
    s'entassaient pêle-mêle un pot ébréché, un bout de tuyau d'arrosage,
    une casserole rouillée, un manche cassé, bref tout un inventaire à la
    Prévert racontant le temps passé. En constatant cette fausse note avec
    l'harmonie des lieux, le jeune homme sentit l'indignation monter en lui.
    « Quel dommage, cette horrible brouette plantée là au milieu ! Je la
    brûlerai avec tout son bazar. Si tu me le permets bien sûr », ne put-il
    s'empêcher de marmonner.

    En entendant cette plainte, César le regarda, amusé.

    « Oh non, mon ami, tu ne peux pas encore la brûler : cela ne servirait
    à rien. Je vais t'apprendre la nouvelle communion avec la Terre, quand
    même une brouette peut te parler au creux de l'oreille. Car cette
    brouette parle ! »,

    Au ton, Jacques dressa l'oreille. César, les bras croisés, fixait maintenant
    la divine brouette, tout en continuant son goutte à goutte de mots
    mesurés :

    « Si ce désordre te dérange, c'est seulement parce qu'il te concerne.
    Cette brouette et toi, vous ne faites qu'un, en vérité. Écoute bien cette
    petite brouette, et tu vas entendre de quel désordre insupportable elle
    te parle ! »

    Jacques, curieux, la scruta à son tour, se laissant peu à peu envahir par
    cette présence inopportune. Sans peine, il trouva d'abord des correspondances
    générales avec sa vie. Mais César, visiblement insatisfait,
    l'incita à aller plus loin : « Ce désordre précis t'indique un désordre
    précis dans ta vie. . . Écoute bien ! »

    Jacques plongea à nouveau dans sa contemplation, et soudain ce fut
    évident, criant de vérité ! Oui, cette brouette parlait ! Incroyable ! Elle
    lui parlait, lui racontant son dégoût pour son propre bureau rempli de
    dossiers en retard, de courrier à faire, de factures non payées, inventaire
    à la Prévert racontant tout son passé. Il en avait la nausée chaque jour,
    en s'asseyant devant ce désordre. Il ne supportait plus sa négligence
    criante étalée de la sorte sous ses yeux !

    « Ah, tu vois ! s'exclama César, très satisfait. Même les brouettes
    parlent à ceux qui savent entendre. C'est cela, la nouvelle communion
    avec la Terre : quand un désordre au-dehors nous parle d'un désordre
    au-dedans. Et qu'en vérité ils ne font qu'un. Alors tu auras le droit de
    remettre de l'ordre au-dehors seulement quand tu l'auras remis
    au-dedans. » César, heureux comme un enfant, ajouta :

    « Tu vois, mon vieux, l'écologie, c'est seulement mettre de l'ordre
    au-dehors, tandis que la communion, c'est toujours mettre de l'ordre
    au-dedans comme au-dehors. . . Là est toute la différence entre aimer
    la Terre et seulement chercher à la sauver !

     

    Extrait de César l'éclaireur de Bernard Montaud

    Source CLES

    « Des aurores boréales en NormandieL'utopie est dans le potager »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    Tags Tags :
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :