• La leçon de vie du chat

    Indomptable, hédoniste, narcissique, champion du sommeil et de la débrouille… Par sa seule façon d’être au monde, le chat ne cesse d’affirmer le droit au bonheur, au confort et à la sensualité. Et si nous laissions parler le félin qui ronronne en nous ?

    Isabelle Taubes

     La leçon de vie du chat

    Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Channelle Bonheur. « Une belle journée d’anniversaire Channelle », ont écrit ses amis sur sa page Facebook. Channelle n’est pas une femme, mais une jeune chatte. « J’avais senti qu’elle voulait avoir sa place dans mon ordinateur », explique non sans humour la psychanalyste Virginie Megglé, qui habite chez Channelle – le chat ne vit pas chez son maître, c’est le maître qui vit chez le chat. Elle a beaucoup d’amis, en particulier des artistes. « Ma chamour, je frotte mon museau au tien », poste l’un d’eux. « Je crois que les petits mots envoyés à Channelle s’adressent à notre “part chat”, analyse Virginie Megglé. Celle qui nous attire vers le confort, le plaisir égoïste, la sensualité. Sur cette page, je me sens mille fois plus libre que sur la mienne, elle insuffle en moi un regain de vitalité, un refus décidé du malheur. »

    Notre « part chat », c’est aussi la petite voix intérieure qui dit à la face du monde : « Vous ne pourrez pas faire de moi ce que vous voulez. » C’est la dimension sauvage, indomptée qui loge en chacun de nous. Si le chat a si longtemps été assimilé aux créatures de la nuit et aux puissances infernales, c’est probablement en raison de ce trait de caractère commun à tous les membres de l’espèce : l’« indressabilité ». Il nous dit en effet : « Accorde-toi le droit de ne pas être dans la norme, rien de plus triste que le conformisme. » Car ce félin n’en fait qu’à sa tête : vous le descendez vingt fois de la table, il remontera jusqu’à ce que vous soyez lassé de lui apprendre les bonnes manières.

     

    Un professeur de patience

    Paradoxalement, pourtant, il est tout à fait capable de nous offrir quelques leçons de sagesse bien senties. Quand le chat ne dort pas, ne joue pas, ne traverse pas l’appartement dans les deux sens à cent cinquante kilomètres à l’heure, il paraît méditer, installé sur le sofa, aussi immobile qu’une statue. Et passé le quart d’heure de folie hystérique qui s’empare de lui quotidiennement, de préférence après les repas, il est en mesure d’être un extraordinaire professeur de patience. Il suffit de l’observer, à l’affût, silencieux, guettant quelque moineau écervelé dont il espère faire son jouet. 

    L’animal est également un expert en instinct de vie. Trompe-la-mort, il joue les funambules au risque de se rompre les os. Mais, sauf coup vache du destin, l’artiste retombe sur ses pattes. « Tosca était dans sa phase d’excitation, se rappelle Gilles, 55 ans, paysagiste. Elle arrive en courant comme une damnée du fond du couloir et, prise par son élan, atterrit sur la rambarde du balcon, laquelle fait “shtong, shtong”. Audessous, cinq étages… Silence de mort dans la pièce : surtout, ne l’effrayons pas. Elle est descendue, majestueuse, belle indifférente. Mais elle n’a jamais réitéré l’expérience. » 

    Grâce à son sens aigu de la survie, le chat, contrairement à l’humain, volontiers masochiste, ne reproduit qu’exceptionnellement une erreur susceptible de se révéler fatale.

     

    Un disciple de l'amour vrai

    Alors que de nombreux coachs proposent leurs services aux coeurs esseulés, il suffit peut-être de se fier à son félin favori pour s’imprégner des mystères de l’amour. En effet, les chats, réputés indépendants, ne le sont pas tous. Comme les humains, ils sont dépendants de l’amour qu’ils donnent et que nous leur portons. « Pendant treize ans, une chatte appartenant à des voisins m’a accueillie chaque soir, plantée devant ma porte, raconte Virginie Megglé. Pour ces êtres, le pire des sentiments est l’indifférence, exactement comme dans la relation parents-enfants. Channelle me rappelle constamment qu’il n’est pas d’amour sans respect des besoins du partenaire. M’en souvenir à tout moment m’aide aussi dans mon travail de psychanalyste qui exige un renoncement à la maîtrise et l’interdiction absolue de faire de l’autre mon objet. » 

    Vivre avec un chat nous élève-t-il moralement ? « Mouchette accroît mon sens des responsabilités, confirme Amélie, une puéricultrice de 35 ans. Je veux qu’elle soit bien, parce je l’aime. Mais pas seulement : c’est aussi un choix moral. Quels que soient mon humeur, mon état de santé, elle doit avoir à manger, sa litière doit être propre, ses vaccins doivent être à jour. En 2008, dans une période très difficile, je nourrissais des idées suicidaires, mais je me disais : il faut que je reste en vie pour m’occuper de Mouchette. J’ai choisi mon nouvel appartement en partie en fonction de ses besoins : avec une grande terrasse. Pour le même prix, je pourrais en louer un plus grand, plus confortable. De son côté, elle essaye de m’inculquer une philosophie de vie qui semble être : “L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt.” Car elle m’a déjà cassé trois réveils en réclamant impérieusement son petit déjeuner. »

     

    Un expert en connaissance de soi

    Ce maître zen est aussi un formidable miroir qui nous renseigne sur nos névroses, nous donnant simultanément l’envie de les liquider définitivement. Depuis qu’elle est « maman » d’un adorable chaton, Charlène, 22 ans, étudiante ne sort plus le soir : « Je ne supporte pas de le laisser seul, j’ai peur qu’il lui arrive quelque chose de grave en mon absence. J’en ai même parlé à mon thérapeute. En fait, je vois en Chéri Minou la petite fille que j’étais, inquiète et triste de voir sa mère partir au bureau. » 

    « Louna mangeait très peu et me renvoyait à une période anorexique de ma vie, confie Aurélia, 37 ans, esthéticienne. Son manque d’appétit m’inquiétait : je croyais qu’elle se sentait abandonnée. Aussi, je redoublais de vigilance, je lui parlais comme à un bébé pour lui montrer que je l’aimais. Et puis un jour j’ai cessé d’insister pour qu’elle se nourrisse. Et elle s’est mise à manger. J’ai compris que, probablement, je l’étouffais avec mon gâtisme, comme j’étouffais les hommes en étant trop présente. »

     

    Un coach en bien-être

    Le chat nous aide également à veiller sur notre santé physique. Le caresser fait baisser la tension. Son ronronnement a des effets apaisants. Mais ce n’est pas tout. Son hypersensibilité à la fumée, qui entraîne chez lui des cancers, incite bien des propriétaires à abandonner le tabac. Et il peut nous aider à lutter contre l’insomnie. « J’ai retrouvé le sommeil depuis que j’ai Hermione, témoigne sa maîtresse, Emma, 43 ans, propriétaire d’une cave à vin à Lyon. Avant je me couchais à n’importe quelle heure, je me laissais tomber sur le lit comme une masse, pas toujours démaquillée, l’haleine pas nette. Et je me réveillais plusieurs fois par nuit, anxieuse. Puis j’ai eu l’idée de prendre modèle sur Hermione. Bien sûr, je ne me lèche pas les pattes, je ne m’étire pas avant de m’endormir ; mais je prends le temps de m’occuper de mon corps, de me relaxer avant de gagner mon lit pour évacuer le stress. Et je dors bien mieux. »

    Virginie Megglé nous invite enfin à nous imprégner du « silence des chats » : « Là où je me sens grande, c’est quand je me sens dans un lien d’âme à âme avec Channelle. Ce contact silencieux me rappelle que les choses les plus essentielles se passent des mots. »

     

    Le mythe du sixième sens

    Oscar, hôte félin d’un service hospitalier de la côte Est des États-Unis accueillant des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, sait souvent mieux que le personnel soignant quel patient va passer dans l’autre monde. Il s’invite dans la chambre des malades en fin de vie, s’allonge sur leur lit et ne les quitte que lorsqu’ils ont rendu leur dernier souffle (in  www.mystere-tv.com, « Oscar : le chat qui prédit la mort »)

    Troublant également, le rôle du chat auprès de personnes atteintes d’épilepsie. Myriam, jeune libraire de 26 ans, raconte : « Zorro se précipite vers moi dès que je vais faire une crise et reste à mes côtés jusqu’au moment où j’émerge. Attila, son frère, n’a pas du tout ces mêmes réactions. » Télépathie, médiumnité ? Il semble plutôt que les chats se repèrent à des odeurs corporelles émises avant la mort ou accompagnant diverses pathologies. Et de la même façon que nous n’avons pas tous les mêmes capacités intuitives, certains félins sont plus doués que d’autres.

    Source : psychologies.com

     

     

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