• L'utopie est dans le potager

    L'utopie est dans le potager

    Je reviens d’une rencontre avec Pierre Rabhi, dans sa ferme des hauts plateaux d’Ardèche. Les orages violents entrecoupés d’éclaircies flamboyantes rehaussaient la beauté sauvage des paysages. A 76 ans, l’homme est frêle mais vif, la tête claire. Cela dit, les bons sourires de son visage buriné ne cachent pas la gravité qui l’habite. Au fil des années, son audience a crû : ses livres sont tous des long-­sellers, ses conférences ne désemplissent pas. Il y martèle son message sur la sobriété ­heureuse, sur le besoin d’une autre éducation, sur l’agriculture qu’il faut rendre biodynamique pour cesser d’empoisonner la terre… Il insiste sur le risque de chaotisation d’un système économique, politique et étatique à bout de souffle et fait sienne cette formule de ­Gandhi : il faut « créer en soi et par soi le changement que l’on veut voir à l’œuvre dans le monde ».

    Comment ? A chacun ses solutions en fonction de sa sphère d’action, dit Pierre, mais il faut du courage et de la lucidité pour inventer des alternatives crédibles. Avec une dizaine d’autres, il vient de participer à un livre qui veut tracer des chemins d’espérance et redonner confiance. On y retrouve des sociologues, économistes et philosophes qui proposent des pistes d’action et de bon sens *. Frappé par le sentiment d’urgence qui anime son discours, je demande à Pierre où donc trouver des germes positifs dans la négativité ambiante. Il répond : « La bonne volonté et la créativité existent partout dans la société civile, mais dispersées. Il faudrait les réunir en un ensemble cohérent qui fasse sens. » Les médias pourraient avoir un rôle à jouer, bien qu’il leur reproche leur conformisme vieux jeu.  
      

    Pierre m’avoue alors sa fatigue. Mais celle-ci est colmatée par une volonté presque farouche de continuer le combat pour défendre les forces de vie contre les puissances du mal-vivre. Comment se ressource-t-il ? Son visage s’éclaire : « Dans mon potager. Là, je constate sans cesse qu’une seule graine de tomate donne plusieurs tomates bien goûteuses et riches d’éléments nutritifs, elles-mêmes porteuses de centaines de graines fertiles. Et pour tous les légumes et les fruits, c’est pareil ! J’y vois à l’œuvre la générosité divine de la nature. C’est un ré enchantement permanent. Cela me prouve que ma lutte n’est pas vaine : elle s’ancre dans la réalité. » Et c’est vrai qu’il a su, avec sa femme Michèle, faire de ce causse aride une terre nourricière. Il dit qu’il nous faut incarner l’utopie : lui, le fait.

    Marc de Smedt

    Source : CLES

    « La nouvelle communion avec la terreLa Lune »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :