• Epitaphe pour un lièvre

    Epitaphe pour un lièvre

     

    Au temps où les buissons flambent de fleurs vermeilles,
    Quand déjà le bout noir de mes longues oreilles
    Se voyait par-dessus les seigles encore verts
    Dont je broutais les brins en jouant au travers,
    Un jour que, fatigué, je dormais dans mon gîte,
    La petite Margot me surprit. Je m’agite,
    Je veux fuir. Mais j’étais si faible, si craintif!
    Elle me tint dans ses deux bras : je fus captif.
    Certes elle m’aimait bien, la gentille maîtresse.
    Quelle bonté pour moi, que de soins, de tendresse !
    Comme elle me prenait sur ses petits genoux
    Et me baisait! Combien ses baisers m’étaient doux !
    Je me rappelle encore la mignonne cachette
    Qu’elle m’avait bâtie auprès de sa couchette,
    Pleine d’herbes, de fleurs, de soleil, de printemps,
    Pour me faire oublier les champs, les libres champs.
    Mais quoi! l’herbe coupée, est-ce donc l’herbe fraîche ?
    Mieux vaut l’épine au bois que les fleurs dans la crèche.
    Mieux vaut l’indépendance et l’incessant péril
    Que l’esclavage avec un éternel avril.
    Le vague souvenir de ma première vie
    M’obsédant, je sentais je ne sais quelle envie ;
    J’étais triste ; et malgré Margot et sa bonté
    Je suis mort dans ses bras, faute de liberté. 

    Jean Richepin, La chanson des gueux, 1881

     

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    « Chanson d'étéEcouter la nature »
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