• Comment nous rendons les animaux fous

     

    Les animaux nous apaisent. Leur présence nous aide à combattre le stress et la déprime. Mais le contraire est loin d’être vrai pour eux. Pire, vivre avec les humains, tourne souvent au cauchemar. 

    Isabelle Taubes

    Cubby le chat anxieux cherche à s’arracher la queue. Tom le gorille ne supporte pas d’avoir quitté son ancien zoo et déprime. Mosha l’éléphante souffre d’insomnie quand son gardien est absent. Des lapins domestiques dévorent leur fourrure en signe de deuil, à la mort de leur compagnon de cage. Des chiens utilisés dans des opérations militaires en Irak ont développé, comme les soldats, des syndromes de stress post-traumatique. Certains chevaux, ne sortant de leur box que pour porter un cavalier dans un manège, développent des symptômes d’anxiété : ils avalent l’air, balancent mécaniquement leur encolure ou se blessent à force de se frotter aux murs...

    C’est parce que son propre chien, Oliver, était un grand angoissé, phobique des orages et terrifié par la solitude, que Laurel Braitman, docteure en histoire et anthropologie des sciences, a décidé de se pencher sur les « névroses » animales. Son livre Chienne de vie (Ed. Autrement) se lit comme un roman, grâce à ses nombreux témoignages de vétérinaires, de dresseurs, de propriétaires d’animaux à poils et à plumes. Tout en nous faisant découvrir des études scientifiques étonnantes. 

     

     

    Des êtres conscients

    Grâce à Darwin, nous savions en effet les animaux capables d’émotions et de sentiments. Avec cet essai, nous réalisons aussi que leur psyché connaît des tourments et des satisfactions presque semblables aux nôtres, d’où l’apparition de psys comportementalistes pour animaux. L’imagerie par résonnance magnétique (IRM) prouve que lorsqu’un chien retrouve son maître, son cerveau réagit exactement de la même manière que chez l’humain. La différence est qu’il n’est pas capable de dire : « Je suis super heureux de te voir ». Sans doute n’est-il pas heureux exactement comme un humain qui aura listé et intellectualisé ses raisons de se réjouir. Mais le cœur y est.

    Nous savons aussi que la plupart des animaux, en particulier les grands singes et les mammifères, sont capables de se concevoir comme des individus distincts de leurs congénères et du reste du monde. Aussi les chercheurs ne se demandent plus s’ils sont conscients d’eux-mêmes. Ils s’interrogent juste sur leur degré de conscience. 

     

     

    Les bébés singes dépriment

    Ce sont d’ailleurs des expériences sur les animaux qui ont démontré l’importance du lien précoce mère/enfant dans le développement psychologique. En séparant de jeunes singes rhésus de leur mère dès la naissance, le Dr Harry Harlow, psychologue à l’Université du Wisconsin, a mis en évidence, dans les années 50-60, la dynamique de l’attachement. Rapidement, les petits privés de contacts physiques et de caresses, se mettaient à regarder dans le vide, à se mordre, à se balancer de manière répétitive. Exactement comme certains enfants abandonnés. Puis, il proposait aux petits singes désormais tous dépressifs de choisir entre deux fausses mères. Une mère de substitution en fil de fer dotée d’une tête effrayante mais donnant du lait. Et une seconde, sans lait, mais recouverte de peluche, avec une bonne tête ronde évoquant celle d’une guenon. Immanquablement les bébés choisissaient la seconde.

    Au même moment, son confrère le psychiatre et psychanalyste anglais John Bowlby, observait le comportement des très jeunes enfants hospitalisés. La mise en commun de leurs travaux a totalement changé nos méthodes d’éducation. Grâce à des bébés singes, nous savons que l’amour et les caresses comptent autant pour les tout petits - non humains et humains - que manger et avoir un toit sur la tête. 

    Le physiologiste russe Ivan Pavlov a, lui, utilisé des chiens pour explorer la base neurophysiologique des névroses humaines. Nous avons tous entendu parler de sa célèbre expérience où, entendant une cloche annonciatrice de l’arrivée de son repas, un chien se mettait aussitôt à saliver. Cette observation des réflexes conditionnés a permis de mieux comprendre les troubles anxieux humains.

    Plus personne n’ignore que les animaux sentent, souffrent, aiment. Pourtant des cirques, des zoos, des parcs d’attraction, continuent de leur imposer des lieux de résidence incompatibles avec leurs besoins vitaux. 

     

    Les éléphants aussi ont des névroses

    En conséquence, observe Laurel Braitman, les conduites pathologiques y sont fréquentes. Enfermés dans des bassins, des orques deviennent fous d’angoisse et tuent leurs dresseurs. Tandis que les dauphins s’occupent en se masturbant compulsivement. Dans les zoos, éléphants, singes etc… développent des troubles névrotiques - ils régurgitent et réingèrent inlassablement leur nourriture, tournent en rond, s’arrachent les poils, deviennent asociaux, agressifs, refusent de se reproduire. Et les lieux les plus soucieux de l’environnement naturel de leurs protégés engendrent le même type de troubles mentaux que les ménageries les plus barbares.

    Beaucoup de gardiens de zoos aiment les animaux dont ils s’occupent. Malheureusement lorsqu’ils constatent que leurs pensionnaires ne jouent plus, ne s’occupent plus de leurs petits ou passent leur temps à dormir - signes évocateurs d’une dépression -, ils n’ont pas le pouvoir de changer leur cadre de vie. Heureusement pour les singes, il y a le spectacle vivant constitué par les visiteurs. Selon les témoignages recueillis par Laurel Breitman, ils adorent nous regarder. Surtout quand nous sommes déguisés.

    En Thaïlande, les éléphants utilisés pour promener les touristes, sont séparés trop tôt de leur mère et des adultes qui pourraient leur enseigner les comportements adéquats à l’espèce. Quand ils ne deviennent pas fous furieux, ils en viennent à considérer leur cornac comme un membre de leur famille, surtout les femelles. Le jour où il les quitte, elles vivent un vrai deuil. Maltraités, les éléphants en viennent à nourrir une authentique haine. Qui les pousser à tuer. Ou à s’évader.

    Laurel Breitman s’est aussi penchée sur les méfaits psychologiques de l’élevage intensif. Sevrés trop tôt, élevés dans des conditions barbares, des millions d’animaux présentent des comportements aberrants. Les veaux de laiterie séparés de leur mère quelques heures après la naissance, alors qu’ils ne devraient l’être qu’entre neuf et onze mois, sucent compulsivement tous les objets à leur portée. Les porcelets des grands élevages deviennent très agressifs. Les poules nées en batteries s’arrachent les plumes.

    Des comportements inexistants dans la nature. Malgré tout, sous l’influence des associations de protection animale et des vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, les consciences s’éveillent et la situation commence à s’améliorer.

     

    Des chiens trop nerveux

    Oliver, le bouvier bernois de Laurel Breitman suivait une thérapie comportementale  et avalait du valium pour réduire sa terreur de la solitude. Aux Etats-Unis, les calmants pour animaux rapportent chaque année plusieurs millions de dollars à l’industrie pharmaceutique, sans pour autant résoudre tous les problèmes. Il a aussi eu droit à des massages apaisants. C’est dans nos appartements que les animaux, même si nous les aimons énormément, courent le risque de devenir fous. Car ils y sont seuls, privés du mouvement dont ils ont besoin.

    Nous vivons avec les chiens depuis 15 000 ans et ils aiment notre compagnie. Malheureusement pour eux, nous voulons trop souvent qu’ils se conforment à nos attentes. Nous aimons les voir tout excités quand nous rentrons du travail. Mais nous espérons qu’ils dormiront calmement en notre absence. Or, un chien est fait pour se promener sans laisse pendant des heures, pour se rouler dans la boue, pour chasser, aboyer, sentir ses congénères. En résumé, nous refusons que les chiens soient eux-mêmes. Sauf quand ça nous arrange…

    Pour cesser de rendre fous nos compagnons à quatre pattes, il serait peut être temps d’apprendre à respecter leurs besoins.

     

    Source : psychologies.com

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